Philosophy of Composition ; Works. VI
3o6 EDGAR A. POE
se trouve, par son extrême longueur, privé de cet essentiel élément artistique; l'unité d'intérêts F'i donc de la sotte « manie épique- », fi de toutes a les anomalies artistiques'^ », il de toutes les vaines théories de « l'effort soutenu^ », et du génie persévérant. Il n'y a de vrai que « la totalité d'impression^ », de beau que le poème qui se lit en une fois, de légitime que le lyrisme, le lyrisme intense, le lyrisme à courte haleine ^. Et voici maintenant la nature de ce lyrisme :
« Il y a, au fond du cœur de l'homme, un immortel instinct qui est manifestement le sens du beau''. C'est à lui que l'homme doit cette joie que lui donnent toutes ces formes, tous ces sons, tous ces parfums, toutes ces sensations qui entourent son existence; et, de même que le lys se reflète dans le lac, ou les yeux d'Amaryllis dans le miroir, de même la simple répétition orale ou écrite de ces formes, de ces sons, de ces parfums, de ces sensations, est une nouvelle source de joie. Mais cette seule répétition n'est pas la poésie. Celui qui ne fera que chanter, quelle que soit l'ardeur de son enthousiasme ou la vivacité de ses fidèles descriptions, les spectacles, les harmonies.
1. Poe avait été dès 1836 confirmé en cette opinion par la lecture de Sclilegel. « En des morceaux d'une grande ampleur, dit-il, l'esprit du lecteur n'est pas à tout moment capable de comprendre, en une vue d'ensemble, les proportions et la justesse de l'adaptation générale. En des morceaux de moindre étendue, le plaisir est unique, au sens propre du mot ; l'intelligence est absorbée sans difficulté dans la contemplation du tableau en son ensemble, et l'effet prolongé dépend ainsi en grande partie de la perfection générale de l'œuvre, de la délicate adaptation des parties constituantes et surtout de ce qui est justement appelé par Schlegel, l'unité ou la totalité de l'intérêt. » {Longfellow's balLads ; Works, VI, 12«.)