‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 229 sur 429 · Ibid., VI, p · texte numérisé non relu

Ibid., VI, p

G. Nullement inquiet de ces restrictions, Poe disait hardiment : « Que notre définition exclue nécessairement beaucoup de ce qui a été jusqu'à ce jour, par une tolérance négligente, considéré comme poétique, c'est là un point qui ne nous préoccupe pas un instant. Nous ne nous adressons qu'aux gens réfléchis et ne nous soucions que de leur approbation. Si nos suggestions sont vraies, on les acceptera après bien des jours comme la vérité, fussentelles en contradiction avec tout ce qu'on a pris pour tel jusqu'alors. Si elles sont fausses, nous serons les premiers à leur ordonner de périr. » {Longfellow's ballads-, Works, VI, 11>C.)

7. « Le sentiment du Beau, dit ailleurs Poe, ce divin sixième sens qu'on comi)rend encore si peu..., qui nous j)arle de Uieu par l'intermédiaire de son plus pur, sinon de son seul attribut, qui prouve, qui seul prouve son existence. M (Ilorne's Orion : Works, VI, 263).

les parfums, les couleurs et les sentiments qui le charment en même temps que l'humanité entière, celui-là, dis-je, n'a pas encore réussi à prouverson titredivin.il yaencore auloin quelque chose qu'il n'a pas su atteindre. Nous avons encore une soif inextinguible pour la satisfaction de laquelle il ne nous a pas montré les sources limpides. Cette soif provient de l'immortalité de l'homme. C'est à la fois une conséquence et une preuve de son existence éternelle. C'est l'aspiration du papillon de nuit vers l'étoile. Ce n'est pas seulement l'appréciation de la beauté qui est devant nous, mais un effort exalté pour atteindre la Beauté d'en haut. Inspirés par la prescience extatique des gloires d'au-delà de la tombe, nous nous efforçons, par des combinaisons multiples, au milieu des choses et des pensées du temps, d'atteindre une part de cette Beauté dont les éléments n'appartiennent peut-être qu'à la seule éternité. Et il en est ainsi quand, par la poésie, — ou par la musique, le plus exaltant des modes poétiques, — nous nous trouvons fondant en larmes, non pas, comme le suppose l'abbé Gravia, par excès de plaisir, mais par suite d'une certaine douleur impatiente née de notre impuissance à atteindre pleinement, ici même, sur terre, en une fois et à jamais, ces divines joies extatiques dont la poésie ou la musique ne nous donnent que des aperçus rapides et imprécis * ». « Car, ajoute-t-il ailleurs, toute expérience a montré que ce ton (de la plus haute inspiration esthétique) est celui de la tristesse. La beauté, quelle qu'elle soit, en son suprême développement, ne manque jamais d'exciter l'âme sensible jusqu'aux larmes. La mélancolie est ainsi le plus légitime de tous les modes poétiques ^. »

C'est ainsi que, dans la théorie comme dans la pratique, dans l'œuvre comme dans l'homme, se trouvent indissolublement liées à l'exaltation la mélancolie, à l'extase la douleur. La mystique et mélancolique extase d'une âme que la contemplation de la Beauté fait entrer en une communion aussi voluptueuse que douloureuse avec l'Éternel, avecTInfini, avec Dieu même, voilà donc bien Poe la source aussi profonde que malsaine de toute inspiration poétique ^

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