‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 23 sur 429 · Ingram, p · texte numérisé non relu

Ingram, p

ANGKTRES ET PARENTS 19

il, l'aima. Celui-ci ne pouvait s'empêcher de railler l'air éternellement endormi de cette pauvre sœur, ses bizarreries de costume et de manière, son manque absolu de tact et de goût. « Rose, pourquoi vous coiffez-vous de cette absurde façon? Où avez- vous donc découvert pour votre robe cette étoffe extraordinaire? Pourquoi ne vous comportez-vous pas comme tout le monde? )> lui disait le poète vexé ; mais la pauvre innocente accueillait reproches et plaisanteries avec la plus parfaite indifférence K Vers 1860, abandonnée de ses protecteurs ruinés et incapable de pourvoira ses propres besoins, elle tomba dans une profonde misère dont elle ne sortit que pour entrer dans une maison de charité (Epiphany Church Home) à Washington. C'est là qu'invalide depuis plusieurs années, elle mourut enjuillet 1874, vers l'âge de soixantequatre ans.

Bref, une famille proiondément atteinte par un alcoolisme héréditaire, un père déclassé, impulsif et phtisique, une mère d'origine inconnue, poitrinaire aussi, succombant avant l'âge à une vie de misère, de surmenage et d'épuisement, un frère mal équilibré, une sœur presque idiote, voilà assurément plus qu'il n'en faut pour établir le terrain pathologique de cette infortunée famille vouée, en outre, à la stérilité. Il était à craindre qu'enfant prédestiné de cette race névropathique, Edgar Poe n'apportât au monde dès sa naissance, comme don d'une nature marâtre qui fait expier aux enfants les fautes des parents, un cerveau mal pondéré dont les centres nerveux, les uns atrophiés, les autres exaltés, devaient le rendre impropre à toute existence normale. Une lourde hérédité morbide n'exposait-elle pas gravement sa pauvre personnalité mal coordonnée au jeu barbare de l'impulsion et de l'obsession, forces plus ou moins fatales qui devaient, en triomphant de sa volonté, faire à la fois la gloire de son génie et le malheur de sa vie? Il en avait lui-même conscience, lui qui s'est mainte et mainte fois déclaré, avec autant d'orgueil que de ter-

1. Mrs Talley-Weiss's Last days of Edgar Poe (Scribner, XY, 5, p. 712, mars 1878).

reur, « enfant d'une race éminemment surexcitable, aussi remarquable par ses talents que par ses passions^ »? N'est-ce pas au sentiment de ces inéluctables influences de la naissance qu'il dut ce précoce et durable fatalisme qui alimenta tour à tour son ambition et son désespoir?

1. Bérénice, I, 157; Usher, I, 133; Wilson, II, 6. Toutes nos références de cette première partie comme de la seconde (^"Œi^yre) se rapportent à lapins complète édition des œuvres de Poe qui ait paru avant l'achèvement de notre travail : The Works of Edgar A. Poe, newly collected and edited with a Memoir, critical Introduction and notes, by Edmund Clarence Stedmaii and George Edward Woodberry. Chicago : Stone and Kimball. MDCCGXIV-Y. 10 vols. Portraits. Fac-similé. in-S».

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