Poetic Principle : Works. VI
des facultés de causalité, c'est-à-dire un homme d'une grande pénétration métaphysique, pourra, même avec une part très insuffisante d'idéalité, composer un plus beau poème (si l'on en juge, comme on le doit, par son aptitude à exciter le sentiment poétique) que celui qui, sans cette pénétration métaphysique, se trouve doué à un degré extraordinaire de cette faculté d'idéalité : car un poème n'est pas le sentiment poétique, mais le moyen de l'exciter dans l'homme '. »
Bref, éprouver soi-même l'émotion extatique, la communiquer aux autres, voilà en dépit de toute confusion de langage la double opération primordiale du poète.
Après la naissance spontanée de ses grands accès d'extase dans la période favorable de sa jeunesse, Poe en était venu à constater en sa maturité réfléchie quil était des conditions propices à l'émotion extatique sur lesquelles la volonté, voire l'habileté, pouvaient influer.
« Il est, dit-il, une classe de fantaisies d'une exquise délicatesse qui ne sontpoi/i^ des pensées et auxquelles je n'ai encore jamais pu adapter le langage. J'emploie le mot « fantaisies » au hasard, pour la seule raison qu'il me faut employer quelque mot; mais l'idée qui s'attache communément à ce terme ne s'applique pas même de loin à ces ombres d'ombres. Ce me semblent être des phénomènes plutôt psychiques qu'intellectuels. Ils ne s'élèvent dans l'âme (si rarement, hélas !) qu'aux heures de la plus intense tranquillité, — quand la santé physique et mentale est parfaite, — et en ces courts instants où les confins du monde des veilles se confondent avec ceux du monde des rêves. Je n'ai conscience de ces « fantaisies » que sur les bords même du sommeil. Je me suis rendu compte que cette condition n'existe que pour un laps de temps inappréciable où se pressent en foule, cependant, ces « ombres d'ombres, w et une pensée absolue exige quelque durée de temps. Ces « fantaisies » déterminent une extase dont la volupté est bien supérieure à toutes celles du monde des rêves ou de la veille... Je considère ces visions, dès qu'elles surgissent, avec une crainte respectueuse qui, à certains égards, modère ou tranquillise l'extase, — et si je les considère ainsi, c'est que je suis convaincu (conviction née de l'extase) que cette extase est en soi d'un caractère supérieur à la nature humaine, est un aperçu jeté sur le monde spirituel, et j'en arrive à cette conclusion, si pareil terme peut s'appliquer à une intuition instantanée, en percevant que la volupté éprouvée a pour élément une nouveauté absolue. Je dis absolue: car en ces fantaisies, — laissez-moi les appeler maintenant