Scènes fvom Politian ; Works, X
2. Le Colisée, qui en fut délachr. parut en 1833 dans le BiiUimore Visiter.
logue oiseux ou de monologue lyrique quelque chose de brusque, d'ardent et de rêveur qui rappelle certaines scènes des comédies italiennes de Shakespeare et en particulier Beaucoup de bruit pour rien; il y a même dans le chant plaintif de Lalage comme un faible écho de la voix mélancolique des Ophélies et des Desdémones ; mais tout reste ici à l'état d'ébauche. En dépit des deux coups de théâtre qui prétendent animer ces cinq scènes languissantes, on sent trop que Poe n'a ni l'expérience des planches ni surtout le génie dramatique. Notre jeune ambitieux ne fait ici que dramatiser, et non sans prétention, quelque banal épisode de sa jeunesse^ et affubler de pompeux titres romains et de luxueux manteaux Renaissance sa propre personne et celles de ses amis et de ses amies. La frêle Lalage, avec ses lectures sentimentales et ses mesquines querelles d'intérieur, est évidemment quelque pauvre petite pensionnaire de Richmond à qui les fades romans de l'époque et un mélancolique dandy byronien ont tourné la tête trop légère et bouleversé le cœur trop fragile ; elle est bien, en effet, la digne héroïne d'un poète macabre, cette langoureuse coquette dont le miroir propice ne parle que d'yeux cernés et de joues ravagées, de Reauté depuis longtemps trépassée, de Joie enfuie, d'Espérance, la séraphique Espérance, ensevelie et inhumée; <f d'un ton bas, triste et solennel, quoique bien distinct, il l'entretient de la tombe prématurée déjà béante pour une vierge ruinée- ». Le héros luimême, ainsi que son rival, c'est Poe, peintre toujours complaisant de son âme morbide. De même que le triste Castiglione au visage ravagé, aux yeux hagards, ruine sa santé par le vin, les veilles prolongées et le noir chagrin, de même Politien se trouve tour à tour décrit, non seulement comme un joyeux vivant qui vide jusqu'à la lie la coupe des plaisirs, mais encore comme un mélancolique rêveur étranger à toutes les communes passions, comme un jeune savant déjà maître des branches les plus abstruses de la
4. M. Ingram, qui j30ssède un manuscrit plus complet du Politien, croit que quelques incidents du drame sont empruntés à un crime contemporain ; cet emprunt ne change pas, du moins, la portée générale de l'œuvre. (Voir J. H. Ingram's Life and letters of Edgar Poe, p. 90.)