Au lieu de
There open temples, open graves
Are on a level with the waves. (Works, X, 173.) nous avons :
There open fanes and gaping graves
Yawn level with the luminous waves. (Works, X, 23.) De même :
No swelHngs hint that wind may be Upon a far-off happier sea, "
374 EDGAR A. POi:
Un nouveau paysage fantastique, Pays de songe ^, vaguement inspiré peut-être de Pays féerique de 1829, montre avec force combien, jusque dans la pleine maturité de sa vie, l'àme dolente de Poe se complaisait encore et toujours en ces mornes fantasmagories de cauchemar plus ou moins artificiellement entretenues.
« Par une route obscure et solitaire,
Qui n'est hantée'que des mauvais anges.
Où un Eidolon, appelé Nuit,
Sur un trône noir règne, rigide,
Je ne suis que récemment rentré en ce pays
Au retour d'une vague Thulé lointaine,
D'une sauvage région fantastique qui s'étend, sublime,
Hors de l'Espace, hors du Temps.
Vallées sans fond et Ilots sans bornes,
Gouffres et cavernes et forêts titaniques
Dont les formes échappent à tout œil humain
Sous les larmes de rosée qui ruissellent ;
Montagnes qui croulent sans cesse
En des mers sans rivages ;
Mers qui sans repos aspirent
A se soulever vers des cieux de teu;
Lacs qui sans fin étalent
Leurs eaux solitaires, solitaires et mortes,
Leurs mornes eaux, mornes et glacées
Sous la neige des lys languissants.
Près des lacs qui étalent ainsi
Leurs eaux solitaires, solitaires et mortes,
Leurs tristes eaux, tristes et glacées
Sous la neige des lys languissants, Se trouve développé en :
No swellings tell that winds may be Upon some far off happier sea ; No hcavings hint that winds hâve been On seas less hideously serene.
Enfin le perfectionnement rythmique s'accentue nettement dans Up many and many a marvellous shrine Whose wreathèd friezes interlwine.
The viol, the violet and the vine.
au lieu de :
Up many a melancholy shrine "Whose entablatures interlwine The mask, the viol and the vine.
\. Ih'eamland; Works, X, 19.
Sur des montagnes, le long des rivières
Qui murmurent tout bas, murmurent sans cesse,
Sous les bois gris, dans Ijs marécages
Où gîtent le crapaud et la salamandre,
Près des mares et des étangs sinistres
Où demeurent les Goules,
En tous les lieux les plus maudits,
En tous les recoins les plus lugubres,
Le voyageur rencontre, épouvanté,
Les Ombres voilées du Passé,
Fantômes en leurs linceuls qui tressaillent et soupirent.
En passant auprès de l'homme errant,
Fantômes blanc-vêtus d'amis que l'agonie
A depuis longtemps rendus à la Terre et au Ciel K
Pour le cœur dont les maux sont légion. C'est là une paisible et consolante région ; Pour l'âme qui erre en fantôme, C'est là, oh ! c'est là un Eldorado -. ^)
On ne saurait, en présence du texte anglais, échapper à la pertide séduction de ces presque vers contemporains du Corbeau oh se jouent avec une inquiétante aisance les plus subtiles combinai sons de rythme et de rime, d'assonance et d'allitération; mais peut-être sent-on jusque dans la faiblesse de la traduction l'ensorcelante puissance de ces visions, aussi malsaines que malfaisantes, qui rappellent les sinistres incantations des sorcières de Macbetli. S'il est vrai qu'un paysage est un état d'âme, parce que « l'art est, comme le dit Poe, la reproduction de ce que les sens perçoivent dans la Nature à travers le voile de l'âme ^ », on voit de quel épais voile de crêpe était enveloppée cette âme funèbre. Son morne deuil ne s'étend pas seulement à tout l'univers, il en franchit les limites : c'est « hors de l'Espace, hors du Temps », jusque dans l'infini de l'idéal, dans la sombre horreur d'une fantastique
1. Remarquez comme en ces visions les sensations d'espace, de temps et de mouvement se trouvent amplifiées : tout est immense, éternel, mouvant ; c'est là un triple effet habituel de l'opium. Les sensations horribles et funèbres s'ajoutent à la suite d'excès marqués. (Voir chap. i, p. 29-33.)
2. Dreamland; "Works, X, 19-20. Le premier texte, qui ne fut guère modifié, est de juin 1844 [Graham's Magazine).