‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 245 sur 429 · To Zante: Works, X · texte numérisé non relu

To Zante: Works, X

2. Deux fois, au moins, il y revient en des poésies postérieures : to F... et to One 'm Paradise.

3. « Après les Fleurs du Mal, il n'y a plus que deux partis à prendre pour le poète qui les fit éclore : ou se brûler la cervelle,... ou se faire chrétien ! » (Baudelaire, Fleurs du Mal; app... 376.)

la grâce, que la foi aveugle dans l'intervention des puissances surnaturelles, que l'appel désespéré au miracle. Poe le sentit comme bien d'autres; et, en un jour de détresse, il exprima ce douloureux aveu de l'abdication humaine en une de ces vaines prières dont les paroles bégayées montent invinciblement aux lèvres tremblantes, alors même que ni la foi ni l'espérance ne sont dans le cœur. C'est en ces termes qu'un jour à la Vierge des pécheurs s'adressa l'amant de Lénore :

« A l'aube, à midi, dans le crépuscule obscur,

Maria ! tu as entendu mon hymne.

Dans la joie et la douleur, dans le bien et le mal.

Mère de Dieu, sois toujours avec moi î

Quand les heures fuyaient gaiement

Et qu'aucun nuage n'obscurcissait le ciel,

Ta grâce guidait mon âme vers toi et les tiens

De peur quelle ne te fût infidèle.

Maintenant que les orages de la destinée

Assombrissent sinistrement mon Présent et mon Passé,

Laisse mon Avenir luire radieusement

De doux espoirs en toi et en les tiens ^

N'y a-t-il pas ici plus quune superficielle imitation de Goleridge, mieux qu'une accidentelle anticipation de Baudelaire ? N'est-ce pas, par lintermédiaire de cet autre infirme de la volonté que fut Poe, l'éternelle voix de la faiblesse humaine qui pathétiquement s'élève, implorant les vains secours d'en haut?

Poe était trop bon observateur de lui-même pour ne pas se rendre compte de Timplacable déchéance qui minait son être physique et mental ; et le poète-dandy, naguère si lier de sa fascinante personne et de son génie inspiré, en éprouvait, vers la trentième année, une intense douleur mcMée de dépit amer et d'alarme angoissante. Ce lamentable spectacle assez malaisé à rendre poétiquement, Poe sait le mettre sous nos yeux, sans analyse, sans psychologie apparente, en une allégorie dont chaque trait est une juste et vivante image et dont la triste beauté est poignante.

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