‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 267 sur 429 · Mon crâne où crépite un enfer · texte numérisé non relu

Mon crâne où crépite un enfer

La poésie atroce qui m'inonde (Névroses, p. 308.)

Raffiner encore l'Impalpable,

Paroxyser le suraigu,

Tel fut le cauchemar vécu

De ce miraculeux coupable. » [Abîme, 208.)

6. « En tous lieux se dresse la peur sur mon chemin » [Névroses, p. 60). Voir, en particulier, le spectre dans Y Abîme (p. 8i et 363) et V Angoisse dans Apparitions (p. 28). Il dit dans V Abîme : »

La peur de mourir est en moi.

Et jamais rien ne me délivre

De ce perpétuel etfroi,

Rien pas même l'horreur de vivre (p. 172).

(le morgue, de putréfaction, damour macabre, qu'enveloppe un mysticisme superstitieux ^ De ce ténébreux fond de marasme sortent tour à tour d'intenses impulsions sexuelles analogues aux accès dipsomaniaques de Poe- ou d'extatiques aspirations vers des beautés moins réelles qu'imaginaires également purifiées par la maladie ou la mort^ Puis ce sont aujourd'hui d'implacables obsessions de crime ou de suicide qui épuisent la volonté ou révoltent la raison '% et demain la hantise tour à tour joyeuse ou sinistre, criminelle ou ravie des yeux, des dents, des lèvres de quelque bien-aimée vivante ou trépassée ". Bref c'est le désé-

1. Voir dans Névroses l'Enterré vif (p. 280), la Morgue {[). 375), Putrêfraclion (p. 379), \a Morte embaumée (p. 262), V Amante macabre (257) et dans les Brandes, la Morte (p. 264), « Apprenons de l'ombre, dit-il dans Putréfaction. que l'homme souffre en pourrissant, — Le cadavre est un muet sombre, — qui ne dit pas ce qu'il ressent. » Voici, du reste, sa propre épitaphe : « Cigit le roi du mauvais sort, — ce fou dont le cadavre dort — l'affreux sommeil de la matière, — frériiit pendant sa vie entière — et ne songea qu'au cimetière. — Jour et nuit, par toute la terre, — il traîna son cœur solitaire — dans l'épouvante et le mystère, — dans l'angoisse et dans le remords. — Vive la Mort! vive la Mort! » {Névroses, 387). « L'horreur, dit-il, dans les Brandes (p. 270) est un aliment. — dont il faut qu'effroyablement — je me repaisse. »

2. Inutile de dire que Névroses en est plein. L'auteur a pourtant bien su démêler la part intellectuelle qui s'y môle : « Amalgame d'extase et de brutalité, dit-il de sa luxure, elle tient à la fois de l'Ange et de la Bête. » {Abîme, p. 98.)

3. Avec l'Amante macabre, nous avons quelque « pâle ange de chlorose ». « religieux lantôme aux charmes narcotiques » auquel s'adresse aveuglément la voix du désespoir :

Inspire-moi l'effort qui fait qu'on se relève. Enseigne le courage à mon corps éploré, Sauve-moi de l'ennui qui me rend effaré Et fourbis mon espoir, rouillé comme un vieux glaive

Voir dans Névroses VAurje gardien (p. 24), VAnge pâle (p. 27). la Voix ip. 29).

4. Voir, en particulier, dans Névroses, la Voix (p. 29) et le Fantôme du Crime (p. 3).

« La mauvaise pensée arrive dans mon âme... J'écoute malgré moi les notes infernales... Mon crâne est un cachot plein d'horribles bouffées... Le fantôme du crime à travers ma raison...

De même, dans V Abîme (p. 270).

5. Voir dans Névroses les Lèvres (p. 68), les Dents (p. 342), les Etoiles bleues (p. 32i, les Yeux bleus (p. 33j, les Yeux (p. 34), les Yeux morts (p. 33).

« Lampes de ma douleur, phares de ma détresse. Tour à tour tristes, lascifs, noyés d'extase, IMeins de stupeur, grands yeux plaintifs. »

quilibre poignant d'une trop vibrante nature qui se trahit en ricanements atroces comme les échos du Palais liante^ et qui s'achève en un morne pessimisme dont les visions rappellent Ulalume^.

Reste l'école symboliste dont « le prince », Stéphane Mallarmé, a voulu accomplir pour la poésie de Poe l'œuvre de naturalisation française que Baudelaire a si bien exécutée pour la prose •'. Il n'est pas douteux que l'influence du maître américain, aggravée de celle de ses émules anglais \ s est fait profondément, sinon

1. Voir clans Névroses le Mime (p. 269), le Rire (p. 359) et dans Abîme le Rire jaune (p. 96) et Sagesse de fou (p. 185).

Le rire atroce du damné {Ne'vroses, p. 3o9).

Rire nerveux et sardonique

Qui fait grimacer la douleur

Et dont le timbre satanique

Est la musique du malheur (Ibid.. p. 360).

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