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POE CR[TIQUI': 461
écrivains et que, d'autre part, la mort a jeté comme d'ordinaire sur l'ensemble de ces sentiments ce voile sacré qui en défend maintenant V examen et ï analyse... La plupart des lecteurs américains n'ont pas encore joui de cet état d'esprit qui permet d'examiner avec calme et de discerner avec sang-froid les vrais titres de ces quelques écrivains qui furent les premiers à convaincre la mère patrie que tous ses fils ne sont pas aussi dénués d'intelligence qu'autrefois, en la plénitude de son arrogance, elle affectait autant qu'elle souhaitait de le croire... Quant aux survivants mêmes, y a-t-il quelqu'un d'assez aveugle pour ne pas voir que M. Gooper et M. Paulding, par exemple, doivent l'un en grande partie et l'autre en totalité leur réputation de romanciers au fait d'être les premiers occupants? Y a-t-il quelqu'un d'assez borné pour ne pas savoir que des fictions que n'auraient pu écrire ni M. Paulding ni M. Gooper sont chaque jour publiées par des auteurs américains sans obtenir plus d'éloges qu'on n'en peut glisser en un banal entrefilet de journal ? Et y a-t-il, enfin, quelqu'un d'assez entêté pour ne pas reconnaître que tout cela vient de ce qu'il n'y a plus ni rime ni raison en cette question : « Qui donc lit un livre d'Amérique ? » Ge n'est pas que nous manquions de ce genre de talent dont raffolaient les contemporains de M. Paulding, mais c'est parce que ce talent se trouve être commum. Ge n'est pas que nous n'ayons de M. Goopers, mais c'est parce qu'il a été démontré que nous pouvions à tout moment avoir autant de M. Goopers que nous en voudrions. Le fait est que nouspouvons maintenantcompter sur nos propres ressources. Nous sommes^ enfin arrivés à cette époque où notre littérature peut et doit s'appuyer sur ses propres mérites, ou tomber par ses propres fautes. Nous avons rompu les liens qui nous retenaient dans les jupons de notre grand'maman d'Angleterre, et, ce qui mieux est, nous avons survécu aux premières heures de notre récente émancipation, à ces premières heures de licence où tout n'est que bravades et vantardises de blancs-becs.
Nous sommes donc enfin parvenus à un âge qui peut supporter la critique et même l'indifférence, et un journaliste peut désormais échapper au danger d'être accusé de lèse-majesté démocratique pour avoir affirmé en toute modestie qu'on a eu tort de prendre les Spécimens de Kettell pour le Pentateuch et Joseph Rodman Drake pour Apollon. * »
Que faut-il le plus admirer en cette ferme attitude, la dignité du patriote ou la justesse du critique?
Le danger, pour une nature aussi impulsive que celle de Poe, était évidemment de s'emporter à Pexcès: c'était de rabaisser