‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 278 sur 429 · Brainard, VIII · texte numérisé non relu

Brainard, VIII

rique ou d'ailleurs K Non, tout bon financier qu'il soit, M. Sprague^ n'est pas un génie : c'est un parfait théoricien de la vieille école dont personne en Amérique n'a surpassé l'impeccable versification, mais il n'a pas le moindre souffle d'inspiration; sa fameuse Ode à Shakespeare aurait, il y a quarante ou cinquante ans, tout au plus mérité un prix de poésie à Eton en tant quhabile imitation de la manière de Gollins. Non, les solennelles strophes de Brainard sur le Niagara ni ses poèmes humoristiques ne sont de la vraie poésie : car l'humour n'est pas plus poétique que l'emphase '\ Non, l'universelle renommée de Gooperne tient ni à l'homme, qui est dénué de talent et dintérèt, ni à l'œuvre, qui est dénuée de style, de composition et de syntaxe, mais à la seule nouveauté dun sujet dont l'attrait n"a rien que de populaire ''. Non, les beaux volumes reliés de Mrs Sedgwick, cette prétendue Edgeworth américaine, ne doivent pas leur renommée à la supériorité, mais à la priorité de leur banal contenue Y a-t-il de la mauvaise foi, y a-til de l'exagération en tous ces jugements sévères ? Assurément non : Poe ne fait, dès cette époque, que parler le langage même de la postérité ; et il le fait avec un sang-froid et des ménagements dont il faut lui savoir gré.

Ce même esprit d'indépendance, qui élevait Poe au-dessus du chauvinisme littéraire de ses contemporains, le tenait également à l'abri de l'esprit de secte et de coterie. Mais là, en ces luttes qui ne touchaient pas seulemenl à des questions abstraites, mais à des intérêts matériels, le mérite d'un homme qui ne vivait que de sa plume était grand, d'autant plus grand que ces hostilités collectives finissaient tôt ou tard par le priver de son gagne-pain. Que de fois n'avons-nous pas vu les éditeurs de revue, une fois leur tirage assuré, décliner les trop copieux débordements de cette prose compromettante! Poe feignait de n'en avoir cure; en

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