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poser pour la première fois, à son àme encore neuve, dans la lutte imprévue des mauvais instincts qui surgissent et de la conscience qui s'alarme, réternelle et troublante question du devoir. Combien dut être angoissante, cette lutte intime, pour celui qui plus tard écrivait : « J'ai dû en mon enfance ressentir avec l'énergie d'un homme ce que je trouve maintenant gravé dans ma mémoire en lignes aussi nettes, aussi profondes, aussi durables que les exergues des médailles carthaginoises ^ )> Alors donc qu'aux yeux superficiels de ses camarades et de ses maîtres, « Allan nétait qu'un garçon intelligent, fantasque et volontaire - », l'enfant songeur sentait avec inquiétude sourdre des profondeurs obscures de son être une alarmante puissance à faire le mal, qui lui fit dire :
« Je suis le descendant d'une race que son tempérament imaginatif et facilement surexcitable a de tout temps rendue remarquable et je donnai, dès ma plus tendre enfance, la preuve que j'avais pleinement hérité du caractère de ma famille. En avançant en âge, ce caractère se développa plus fortement, jusqu'à devenir à bien des égards une cause d'inquiétude sérieuse pour mes amis et de danger réel pour moi. Je devins opiniâtre, je m'adonnai aux caprices les plus insensés, je fus la proie des passions les plus indomptables. »
Si les choses n'en étaient pas encore à ce point, on comprend que, dans risolement moral oii se trouvait cet enfant naturellement enclin au mal, loin de son pays, loin des siens, privé de toute tutelle vigilante, exposé par la libéralité même de ses parents à des tentations plus grandes, le premier des dialogues entre la voix balbutiante du bien et le verbe impérieux des passions héréditaires dut prendre dès lors un ton grave que les événements futurs firent paraître tragique.
Le 2 août 1820, Edgar Allan rentrait à Richmond. Il y reprit bientôt ses études, quelque temps interrompues, dans l'établis-
1. Quelles que puissent être les qualités des médailles carthaginoises, on voit que Poe avait sur son enfance la même impression qu'un autre écrivain non moins morbide : « Mon enfance, dit J.-J. Rousseau en ses Confessions, ne fut point d'un enfant : je sentais, je pensais toujours en homme. Ce n'est qu'en grandissant que je suis rentré dans la classe ordinaire ; en naissant j'en étais sorti, w Cf. l'intéressante étude du D-- Châtelain, La folie de Rousseau. NeufchAtel, 1898.