Ibid., VIII
dictionnaire de Noé Webster jusqu'à la petite édition miniature de Tom T/iunib. Son seul embarras, c'est de trouver assez de mots pour exprimer son ravissement. Il n'est pas de brochure qui ne soit un miracle, pas de livre relié qui ne fasse époque K )) Il accuse Longfellow de n'être pas à l'abri de tout reproche à cet ésfard, en tolérant autour de lui ces néfastes habitudes d'admiration mutuelle-. Il en veut aux transcendantalistes de ne rien comprendre et de ne rien apprécier en dehors du cercle étroit de leur intellectualisme outré. Il déclare l'indépendant Hawthorne victime d'un ostracisme apparemment organisé.
« L'auteur des Twice-told Taies est, dit-il, à peine connu de la presse ni du public, ou, s'il se trouve par hasard signalé, c'est pour subir l'affront d'une louange mesquine. Or mon avis, c'est qu'en dépit de l'étroitesse de son domaine, en dépit de sa façon maniérée de traiter tous les sujets sur le même ton d'insinuation distraite, il manifeste en son domaine un génie extraordinaire, sans rival ni en Amérique ni ailleurs; et, cette opinion, je n'ai jamais entendu d'homme de lettres en ce pays la contredire. Pourquoi donc exprimée de vive voix, ne s'imprime-t-elle jamais? C'est, d'abord, que M. Hawthorne est pauvre, et puis, qu'il n'est pas un de ces charlatans qui se glissent partout."'^ »
A se glisser dans les cercles de la presse, on est en effet vite édifié sur l'étrange cuisine qui s'y accomplit.
« Un auteur accoutumé à la retraite, qui se mêle pour la première fois aux hommes de lettres qui l'entourent, ne manque jamais d'être aussi surpris que ravi de constater que les décisions impartiales de son propre jugement (décisions qu'il s'est toujours bien gardé d'exprimer, parce qu'elles sont en flagrant désaccord avec celles de la presse), se trouvent approuvées et considérées comme toutes naturelles par presque toutes les personnes auxquelles il s'adresse. Le fait est que, face à face, nous sommes bien tenus de faire preuve de quelque honnêteté, ne serait-ce que par la gêne qu'impose à nos traits l'expression d'un mensonge. Nous rédigeons donc gravement sur le papier ce que, pour rien au monde, nous ne pourrions en personne affirmer à un ami sans rougir ou éclater de rire \ »