Ibid., VIII
.4. Bryant, VI, 105.
Cette frauduleuse fabrication d'une fausse opinion publique, voilà donc le mal ; et le seul remède, c'est la franchise, cest l'expression pure et simple des convictions personnelles, c'est la froide analyse logique des œuvres et des hommes. « Par là seulement on peut, en temps voulu, arriver au point de vue qui permet de voir nettement les hommes de lettres et de mesurer leurs prétentions par le seul critérium d'une critique rigoureuse et indépendante^ )). Tel fut, durant toute sa vie, le constant idéal de Poe, infatigablement décrit en ses multiples projets de revue, hautement revendiqué en tète de ses Literati. Jusqu'à quel point I^oe était-il capable de l'atteindre ?
Il faut avouer que, si ses qualités d'énergie et d'intelligence élevaient Poe au-dessus des préjugés et des préventions de son temps, les faiblesses de son excessive sensibilité le ramenaient au niveau de ses contemporains. L'intrépide réformateur ne semble si bien échapper aux passions de son siècle que pour mieux subir le joug des siennes. Trop perpétuellement mêlé ou plutôt trop étroitement lié à la société qui l'entoure, il manifeste à tout propos par les irritations de ce contact forcé les vices de sa propre nature : il laisse presque à chaque page entrevoir, sous son rigide masque de critique impartial, tantôt le sourire forcé de l'indulgence, tantôt l'éclair rayonnant de l'orgueil, ici la fureur concentrée de la haine, là les crispations nerveuses de l'envie. L'intrépide égotiste devient l'intraitable égoïste : toujours enfermé en lui-même, il ne montre alors de son moi que les aspects haïssables. L'impulsion violente avait toujours été le trait dominant de son caractère et, cette violence qui tranchait si fort sur la mollesse générale de la critique, les amis de Poe n'avaient été que trop prompts à l'encourager. (^ Frappez à grands coups de hache, lui di'sait l'un d'eux, en l'invitant à New-York, je sais que vous en avez la force autant que la volonté-. » Poe n'avait pas besoin de pareils encouragements : les déboires de sa vie, les implacables haines souhn'ées par ses attaques, les manoeuvres