Marf/imdia, VII
de ses amis, mais des exigences d'ordre privé, au nombre desquelles la reconnaissance et l'affection, Tobligeaient, lui aussi, à pratiquer cette méthode qu'il a si durement blâmée : atténuer les défauts et amplifier les qualités'. C'était là une faute, assurément, que de faire fléchir en faveur de sentiments purement personnels des principes d'indépendance et d'intégrité si hautement affichés ; mais il faut avouer, pour être équitable, que, chez ce malheureux critique famélique, ces délits sont relativement rares, alors que les circonstances atténuantes, si abondantes en sa misérable existence, en auraient pu excuser bien davantage.
Mais c'est surtout à l'égard des femmes que l'impitoyable critique des Dawes, des English et des Channing révélait des trésors d'indulgence imprévus : c'était là dans le domaine des lettres comme l'application de ce culte mi-galant, mi-chevaleresque qu'il leur portait dans la vie ; on y a vu une influence espagnole de son éducation de méridional, alors que ce n'était, croyonsnous, qu'une conséquence indirecte de sa conception extatique de l'amour. Lui-même ajoute, à propos de Miss Barrett, une autre raison qui ne manque pas de finesse : « Quand il s'agit du sexe faible, dit-il, il n'y a pour la critique qu'une chose à faire : « Si
1. Literali; VIII, 4. Rien de plus intéressant à cet égard que sa critique de son fidèle et tout dévoué bienfaiteur Willis : elle montre plus nettement que tout autre la lutte, si pénible chez un critique pauvre, entre la reconnaissance due à l'homme et la vérité due à l'auteur. Il eût pourtant été facile à Poe de prodiguer ici généreusement l'éloge, car l'auteur des Poèmes sacrés, passionnés et humoristiques qX d'une multitude d'esquisses et d'essais en prose passait en son temps pour une sorte de grand homme dont la gloire éclipsait celle de Longfellow et d'Emerson ; Poe n'en sait pas moins fort bien montrer sans malveillance ni dureté tout ce qu'il entre de réclame et de cabotinage dans la composition de cette fausse gloire : un tiers de tout ce succès tapageur est dû, dit-il, aux facultés mentales et les deux autres au tempérament physique de l'homme. « M. Willis, ajoute-t-il, semble de bonne heure s'être rendu compte qu'en une république comme la nôtre, le simple homme de lettres ne peut qu'être un zéro et il se mit à faire valoir l'éclat de sa littérature par son faste d'homme du monde à la mode : il se poussa, fréquenta la société, se fit des amitiés dans le sexe aimable, prononça des discours en vers, écrivit des poèmes bibliques, voyagea, rechercha l'intimité des femmes célèbres, eut des querelles avec des hommes en vue ; et tout cela servit à son but. » Quant à ses œuvres, en dépit de tout son savoir-faire et de tous ses brillants effets recherchés, ce n'est que miroitante prose de parade, fade poésie de société, impuissant dialogue scénique : justes critiques pleinement confirmées par la postérité, mais dont le ton sut être assez discret pour ne pas froisser un bon et loyal ami. {Literafi, YllI, p. 11).
VOUS pouvez louer, parlez; sinon, taisez-vous »; car une femme n'admettra jamais qu'il n'y a pas identité entre elle et son livre K » Un seul bas-bleu se trouve traité sans la moindre cérémonie : il s'appelle Miss Ellet, et cest tout dire -. Les autres portraits féminins sont peut-être parmi les meilleurs de ses études contemporaines : celui de Mrs Mowatt est presque un modèle de justesse et de tact^. Nous savons tout le charme de celui de Mrs Osgood, en dépit de certaines exagérations inévitables '\ Celui de Margaret Fuller passe pour plus vivant que toute la volumineuse biographie qui lui est consacrée^. Seuls les derniers, ceux de Mrs Smith et de Mrs Lewis, tombent dans une exagération d'éloges vraiment extravagante^.
1. YI. 288 et Marg'malia, VI[, p. 336. Il est vrai qu'il les traite un peu en grands enfants qu'il faut amuser avec les hochets de la vanité. Ainsi telle page de ses critiques semblable à une véritable citation de palmarès, n'est peut-être pas sans quelque ironie de mystificateur, a Les poétesses américaines sont au nombre de 95, à commencer par Ann Bradstreet... pour finir par Helen Irving, pseudonyme de M"« Anna H. Philips... Au i)oint de vue du mérite prouvé..., nous rangerons la première douzaine en cet ordre (M'"» Brooks étant hors concours) : M'"« Osgood, la première sans conteste, puis M"'« Weiby, M"" Garry (ou Mlles Gary) M'"» Talley, M'"» Whitman, M'i" Lynch, MH" Françoise Fuller, Mii« Lucie llooper, M'"« Oakes Smith, M-»» Ellet, M"" Hewitt, M"" Glarke, M""» Lewis, M-no Nichols, M""" Warfield (avec sa sœur M"»» Lee), M™" Eames, et M"»» Sigourney. Si M"'» Lynch avait autant d'imagination que d'énergie dans l'expression et de vigueur artistique, nous la mettrions à la suite de jVjme Osgood. Les plus artistes que nous venons ^de mentionner sont M'"« Osgood, M"" Lynch et M'"» Sigourney. Les plus Imaginatives sont M"« Gary, Mme Osgood, M-"" Talley et M"» Fuller. Les plus correctes sont M^^ Ellet, M"»» Eames. M™» Lewis, M"'» "^Vhitman, et M'»» Oakes Smith. Les plus populaires sont M"'e Osgood. M'"" Oakes Smitt and M'i« Hooper » (VIII, 160). Si ces dames n'étaient point satisfaites après .une pareille distribution de prix et accessits, elles n'avaient vraiment qu'à s'en ])rendre à elles-mêmes.