‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 288 sur 429 · Anna Mowat, VIII · texte numérisé non relu

Anna Mowat, VIII

4. Frances Osgood VIII, 95 et X, 78 81. Voir la Vie ch. xi. n. Marg. Fuller. VI II, 75 et VI. XXII.

6. VIII, 301 et 315. Ge n'est guère qu'à ces deux derniers articles que pourrait s'appliquer le mot brutal d'un contemporain : « 11 se vendait comme un avocat », et cette grave accusation se trouverait confirmée par certaine parole attribuée à Poe parlunede ses admiratrices, elle-même assez impertinemment esquissée. « Il doit répugner à un critique, lui fait-elle dire, de faire violence à son goût, à son sentiment de la justesse et du beau. Pécher contre cela, Iduer un auteur indigne, c'est une faute impardonnable. Mais si le malheureux est mis à la torture, s'il voit se tordre sous ses yeux un être qu'il aime mieux que sa propre vie, je puis me l'imaginer fabriquant une fausse traite et tirant sur la banque de la Gloire en faveur de quelque soi-disant poète capable et désireux de lui acheter ses -propres poèmes et ses opinions. »

Quoi qu'il en soit, malgré tant d'indulgence et tant de violence, malgré quelque platitude et beaucoup de brutalité, les critiques de Poe n'en restent pas moins, avec les quelques essais de Miss M. Fuller, les seules de cette époque qui aient quelque caractère personnel; et l'on sait que ces dernières non plus ne manquaient pas de virulence ^ On comprend, dès lors, qu'aussi fatigués de la fadeur que de l'incompétence des Langtree- et autres critiques à gages, les frustes contemporains de Poe aient pris pour de la grande critique cette hautaine façon de distribuer cavalièrement blâmes et louanges, et il faut avouer qu'ils n'avaient pas tout à fait tort: car, il se cachait, derrière toutes ces faiblesses et tous ces excès, une véritable indépendance de caractère. Or ces excès comme ces faiblesses, méritent l'indulgence de la postérité, si elle veut bien, se rappelant les démêlés de Byron avec la Revue d'Edimbourg, songer à ce qu'était une génération plus tôt, même en Angleterre, les procédés habituels de la critique littéraire. A ce seul point de vue historique, on ne saurait donc hésitera souscrire à cette très sage appréciation d'un critique américain.

« Ces articles de critique, si fragmentaires et si inégaux qu'ils soient, sortis de la plume tenace du plus nerveux et du plus franc de nos premiers publicistes, ont une importance scientifique. Il est bon qu'on les ait recueillis, et leur valeur ne pourra que s'accroître au lieu de diminuer : car on reconnaîtra aux origines de la civilisation

Or les critiques purement laudatives de Poe se réduisent à ces deux dernières écrites à une époque où ses facultés mentales et morales avaient visiblement décliné. Il n'en est parmi les autres, comme il a raison de l'affirmer, aucune qui ne contienne un mélange de blâmes et d'éloges ; et s'il y eût jamais excès, ce fut plutôt, à part le cas de Horne et des femmes de lettres, excès de sévérité qu'excès d'indulgence. Quant aux revirements d'opinion à l'égard de Griswold, de Longfellow, de llawthorne et de Lowell, ils s'expliquent assez par l'évolution bien connue de ses sentiments personnels, sans qu'il soit nécessaire d'inventer, sans l'ombre d'une preuve, des raisons odieuses. Il suffit de dire qu'en dépit de toutes ses bruyantes et le plus souvent sincères prétentions à la critique juste, rigoureuse, indépendante, Poe fut là, comme ailleurs, mainte et mainte fois le jouet plus ou moins inconscient de ses sentiments et de ses passions, et c'est là un reproche assez grave pour qu'on n'ait pas besoin d'en chercher d'autres.

\. Lowell, VI, 244.

2. M. Langtree ne comprend pas le sens moral d'£^j:ce/sio?* et accuse Longfellow de sécheresse, parce qu'il se contente de développer une seule pensée en chacun de ses poèmes. VI. 133, 134.

américaine la même importance qu'à celles de n'importe quelle autre civilisation, et cela aussi bien au point de vue littéraire et artistique qu'en économie politique. On peut donc affirmer que quiconque voudra étudier notre littérature nationale ne manquera pas, tout comme le jeune auteur américain qui veut se rendre complc des conditions littéraires de « nos rudes ancêtres », de trouver indispensable la connaissance de ces essais et de ces esquisses ^. »

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