‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 290 sur 429 · Stedman, VI, préf. XXVI · texte numérisé non relu

Stedman, VI, préf. XXVI

nelie, bref, à les faire rentrer dans la synthèse harmonieuse du moi. De là, à les ériger en ample théorie générale, il n'y a qu'un j)as : car cette théorie se trouve vite fortifiée d'arguments spécieux l)ris au hasard d'observations et de lectures, par exemple, à la méditation d'un Goleridge et d'un Schlegel ou à l'audition de quelque musique opportune. Mais le germe de toute cette floraison mentale qui, par le lent travail de l'esprit comme par le jeu spontané des sens, s'épanouit en une personnaUté à la fois si complexe et si distincte, c'est bien, chez Poe, la prédisposition initiale et, permanente à l'extase. ^

Voilà pourquoi, tout illuminé de cette mystérieuse clarté qui -lui semble venir d'en haut, Poe, précoce adorateur de la Beauté, s'en lit dès sa jeunesse l'apôtre convaincu. « La littérature était pour lui, nous dit Graliam, une religion, dont il se fit le grand prêtre ^ »; et, cette religion née de révélations aussi intimes qu'intenses, il la prêcha toute sa vie, par la parole comme par l'exemple, tantôt avec la pieuse ferveur du néophyte qui veut opérer miracles et conversions, tantôt avec la fanatique fureur de l'iconoclaste qui s'acharne contre de fausses idoles. Toute la vigueur de sa critique, tout ce qu'elle a de positif comme tout ce qu'elle a de négatif, vient donc de la genèse pathologique de ce dogme personnellement spontané. Or, ce dogme, nous le connaissons : l'extase est une révélation ; l'intuition extatique, c'est le sixième sens qui, par la Beauté, nous révèle Dieu^ : car, la Beauté, partout éparse dans les œuvres terrestres, est de tous les attributs divins le plus visible, le plus accessible aux sens de l'homme^; et cette Beauté dont la pure jouissance, en nous arrachant à notre inerte individualité, nous met sur les bords du grand secret, en présence des féhcités célestes, en communion avec Dieu '*, n'a pas de plus puissant ni de plus efficace intermédiaire que la musique, commun héritage de la Terre et des Gieux, que la musique, dont les invi-

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