Poe t. Princ, VI
liqiios manifesLatioiis de didactisme prédicanl et de sentimentalisme bêlant issus d'unes étroite religion morale, il convenait d'opposer la foi enthousiaste d'une })ure religion esthétique. VoiL^ pourquoi le rôle hardi d'un Poe, opposant à l'admiration béate pour les idoles régnantes, qu'elles fussent ^Irs Hemans ou Longfellow, un culte passionné de Coleridge et de Keats, de Shelley et de Tcnnyson, ne manquait, en dépit de toutes ses lacunes et d(^ tous ses excès, ni d'utilité ni de mérite*.
De ce point de vue élevé, quoique borné oili le porte sa natur(^ exaltée, le monde littéraire qui l'entoure apparaît à Poe sous une perspective qui, pour être assez faussée, n'en est pas moins ])lus juste que celle de la plupart de ses contemporains. Si le prosaïque didactisme de Wordsworth lui cache tout ce qu'il y a dci noblesse et d'ampleur en sa saine et sereine simplicité-, il voit au contraire, comme amplifiée par les nuages mômes de sa métaphysique et par les brumes de sa poésie, hi forme gigantes'que de Coleridge qui, tout alourdie qu'elle soit dindigeste savoii*. ncr l'en captive pas moins par son étrange musique aérienne''. Keats lui apparaît comme le seul poète qui ne se soit jamais
1. Une conversation de Poe avec Chivers récemment publiée par le Ceii- Lury (janvier 1903) montre bien tout ce qu'il y a d'étroitement absolu dans la doctrine de Poe. « \jn pur poème, dit-il, est totalement dénué de tout élément de passion... La passion n'a rien à voir avec la pure i)oésie: car toute goutt(; de passion que vous infusez en un poème ne fait que le matérialiser, le détériorer, le dépoétiser. Un pur poème est une création rythmique de la Beauté entièrement dénuée de tout ce qui n'en constitue pas la pureté, l'éthéréilé. — Mais ceci ne vous lerait pas seulement entrer en conflit avec les opinions, traditionnelles du monde; ce serait l'établissement d'un nouveau mode de critique parmi les nations. — Assurément, mais cela ne me trouble pas le moins du monde, dit-il avec une royale conviction de sa propre importance en même temps qu'une parfaite conscience de la vérité de ses paroles. — Si ce que vous dites est vrai, les deux tiers de l'œuvre de Shakespeare ne valent absolument rien. — Absolument rien, en effet, dit-il. il n'y a de bon que ce qui contient en soi l'essence de sa propre vitalité. Autrement, c'est mortel et cela doit périr. — S'il en est donc ainsi, — si toutes les œuvres poétiques du monde étaient débarrassées de leurs excroissances, il ne restelait que bien peu de vraie i)oésie. — Très peu, en ed'et ; mais assez pour montrer quoce que je dis de la poésie est vrai. — Alors Byron, Wordsworth. Coleridge, Montgomery, Southey et bien d'autres fameux Enfants de la Muse se trouveraient fort malmenés. — Exactement comme ils le méritent, répliqua-t-il d'un ton ti'ès péremploire. »