VI, 290-318; VIII
faux. Poe était, avons-nous dit, trop dénué du sens des vivantes réalités pour qu'il ne lui arrivât pas de prendre pour pure poésie quelque brillante, mais creuse fantasmagorie. Incapable devoir tout ce qui manque de vigoureuse humanité à La Motte-Fouqué, il ose rapprocher de la Sensitive de Shelley Ondine pour en dire : « Ces deux poèmes sont les deux plus beaux exemples possibles de la pure idéalité. )) Retrouvant dans l'œuvre allemande le courant caché des suggestions mystiques, il ajoute :
« Je ne puis dire ce que l'on doit le plus admirer de la nouveauté de sa conception, ou de l'élévation de sa pure idéalité, ou de l'intensité de son pathétique, ou de la rigueur de sa simplicité, ou de la rare habileté avec laquelle tout se trouve combiné en un ensemble bien soutenu, bien motivé, d'une unité d'impression parfaite... Tant pis, si cette œuvre exquise semble trop glacée à nos gens et à notre temps, c'est que nous avons, avec des sympathies plus ardentes, moins d'imagination que l'âge qui nous a précédés *. »
L'œuvre ambitieuse, excentrique, exsangue de l'orphicistellorne, Orion, lui arrache en une autre heure d'égarement les mêmes cris d'admiration. Lui pardonnant tout, sa longueur comme son didactisme, il s'écrie :
« Des beautés de ce poème si rema,rquable, que dirons-nous? Nous trouvons difficile de rester calme en pareille circonstance, nous qu'on n'a jamais accusé de prodiguer des louanges enthousiastes. C'est notre opinion bien mûrie que, en tout ce qui concerne les plus saints attributs de la poésie, Orion n'a jamais été surpassé, bien plus nous sommes porté â dire jamais égalé. Son imagination, cette qualité qui est tout, est du caractère le plus raffiné, le plus transportant [elevating], le plus auguste... Il n'y a rien, ajoute-t-il à propos d'une citation, d'une imagination plus riche, plus fantastique, plus chaste, plus sublime, en tout le vaste domaine de la littérature poétique. On avouera maintenant que nous avons de l'enthousiasme, mais nous le réservons pour des morceaux comme celui-là. La description de l'Enfer dans le Paradis Perdu est tout à fait inférieure pour l'impression graphique, l'originalité, l'expression, la vraie imagination, à ces magnifiques, à ces incomparables passages. Pour cette assertion, des millions vont nous condamner comme hérétiques; mais il y a une élite qui ressentira jusqu'au fond du cœur la simple vérité de cette