Bryant, VI
d'affectation et d'imitation. Il a une grande habileté artistique, une haute idéalité. Mais sa conception du but de la poésie est entièrement fausse... Tout son didactisme est déplacé... Nous ne voulons pas dire qu'une morale didactique ne puisse très bien devenir le courant invisible d'un sujet poétique, mais nous prétendons qu'elle ne doit jamais être étalée avec autant d'insistance que dans la plupart de ses œuvres... Il y a quelques magnifiques exceptions où il a, comme par accident, laissé son génie l'emporter sur ses préjugés de convention. Mais le ton prêcheur domine en ses poèmes. Ses conceptions, ses images, tout chez lui se met au service de quelque démonstration, qu'il considère comme la vérité ^ ».
Il en veut encore à ce poète, bien doué après tout, de tant appliquer ses incontestables facultés poétiques à des œuvres de traduction ou d'imitation. Un instant Poe crut voir dans la Rosaline de Lowell « le plus noble poème d'Amérique » ; mais, se ravisant plus tard, il n'accorda plus à l'auteur de la F ah le poulies critiques que le rôle méprisé de poète sentimental '^. C'est pourtant entre ce railleur de Lowell et le grave Longfellow que Poe hésite pour le premier rang au Parnasse américain ^ : car il ne trouve dans les premières œuvres de Whittier, à côté d'une certaine vis vivida, ni imagination ni souplesse de versification S et les éclairs de beauté qui traversent les poésies philosophiques d'Émerson ne suffisent pas à ses yeux pour en dissiper les ténèbres ^ Quant aux autres, ils ne comptent môme pas : ce ne sont point là des candidats à la gloire, mais d'éphémères victimes qui s'offrent imprudemment à ses coups, et que, nouveau Boileau, il rend plus ou moins célèbres en les exécutant.
Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur.
i. VI, 15; 122, 12(3, 130, 13G; 239; VII, 298; VIII, :iO, 7G.