‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 303 sur 429 · Mathews, VIIl · texte numérisé non relu

Mathews, VIIl

On devine par le ton de ces dernières phrases le style trop souvent gourmé de ces critiques. Le pauvre homme a si rarement Foccasion d'admirer que, quand il ne rabroue pas, il fait la classe. Longue ou courte, surchargée d'incidentes et de superlatifs ou aiguisée en traits acérés, sa phrase sèche, froide, plus claire que colorée, ne fait guère que passer de la discussion ergoteuse au sarcasme virulent. Nulle détente, nul repos 5 peu desprit, encore moins d'humour; point de cette bonne sérénité rayonnante comme il accuse, en sa naïveté, son rival Hawthorne d'en tropavoir^ Non, lui, grave, guindé, tout compassé en sa passion malaisément contenue, prend tout au sérieux, tout au tragique. « Qu'il eût tort ou raison, dit Mrs Whitman^ il était toujours terriblement convaincu. » « Sa critique, ajoute Graham^ était d'un despotisme sans appel ;... en combattant ce qu'il appelait l'erreur, il employait toujours, même dans ses conversations, le mot le plus violent. Ce n'était pas tant pour corriger que pour exterminer l'erreur qu'il s'évertuait, et le plus court moyen à son avis, c'était de l'extirper jusqu'aux racines. » Il faut avouer que toute la faute n'en était pas à lui seul. « Nos gens de lettres, dit-il lui-même à propos de la satire, manquent presque tous de raffinement minutieux et d'habileté dans les détails ''. »

En dehors des quelques grandes œuvres qui parurent en son temps, Poe en est en effet réduit à l'examen de misérables œuvres indignes de toute critique. De même que le caractère des revues oij il écrit l'oblige à traiter trop mesquinement les grands sujets (et il s'en est souvent plaint), de même le caractère des œ^uvrcs qu'il examine loblige à traiter trop amplement de minces sujets^.

1. Peul-ôtre les deux seuls passages humoristiques qui aient quelque légèreté spirituelle sont-ils celui où Poe encmirage son ami le plagiaire Ilirsl à lui dérober plus encore, mais du moins avec quelque dignité (VIII, 240) et celui où il feint de prendre pour du Waller Scott, mais du mauvais Walter Scott un roman du D-- Bird (VU, 85) ; encore est-il qu'il y a dans l'un et l'autre passage des traits trop durs qui en gâtent la douce ironie.

Page 1