‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 308 sur 429 · Ingram, 129. VI, 329, note · texte numérisé non relu

Ingram, 129. VI, 329, note

12. Il n'est que juste de dire qu'en de meilleurs moments Poe revenait à dos idées plus saines, et nul n'a peut-être mieux que lui analysé la genèse des pseudo-plagiats. « L'accusation de plagiat, dit-il, dès la fin de sa polémique avec Outis (VI, 197) et à propos d'Aldrich (VIII, 63) n'a qu'un sens littéraire î

quelle peut bien en être la cause. Cette cause est assurément complexe ; la fausse conception de Poe qui voit dans l'originalité une différence permanente et absolue entre un esprit et tous les autres doit y être pour quelque chose ; mais ce qui domine surtout, croyons-nous, c'est, ainsi que l'a remarqué le défenseur anonyme de Longfellow, une sensibilité aigrie qu'égare une logique futile ^ Longfelio\v en eut lui-même le pressentiment lorsqu'il dit non sans noblesse : a La dureté de ses critiques, je ne Fai jamais attribuée à autre chose qu'à l'irritation d'une nature sensible, excitée par quelque vague sentiment d'injustice-. » Si l'on se rappelle, en effet, le monde de calomnies au milieu desquelles Poe vivait pauvre, méconnu, épuisé, accusé lui aussi de mille crimes plus ou moins imaginaires, dont le moindre était te plagiat, on n'est pas trop surpris de cette forme soupçonneuse qu'a prise en ses critiques sa morbide prédisposition à la manie de la persécution, et l'on est tenté de voir en cette « monomanie

et un plagiat, même nettement prouvé, n'implique nécessairement aucun délit moral. Cette proposition s'applique surtout à ce qui passe pour des larcins poétiques. Le sentiment poétique suppose une vive appréciation du beau avec un intense désir de se l'assimiler. C'est ainsi que ce que le poète admire profondément devient par ce fait même en partie inséparable de son âme, y prenant comme un second développement, si bien que le poète, qui subit ainsi la pensée d'un autre, ne peut passer pour s'en emparer. Il la croit très sijicèrement sienne, croyance qui ne peut être contredite que par la preuve sensible de cette réelle origine de la pensée dans le volume d'où elle provient : car il est inévitable qu'après un long laps de temps, cette origine se trouve oubliée, comme bien souvent la pensée elle-même. Mais la plus légère association peut la ranimer; elle se développe alors avec toute la vitalité d'une naissance nouvelle; sa parfaite originalité ne fait pas pour le poète l'ombre d'un doute; aussi personne ne sera-t-il plus grandement étonné que lui. quand, une fois écrite et imprimée, on viendra l'accuser de plagiat. Il en résulte à mon avis que le danger d'éprouver de pareils accidents est en raison directe du sentiment poétique, de l'aptitude aux impressions poétiques ; et toute l'histoire littéraire démontre, en fait, qu'il n'y a, pour les cas les plus fréquents et les plus flagrants de plagiat, qu'à feuilleter les œuvres des poètes les plus éminents. » Outis ajoute une autre raison d'autant plus évidente qu'elle est moins ingénieuse : « Qu'est-ce qu'un plagiat? Quelles sont les bases solides d'une accusation de cette nature? Est-ce que deux hommes n'ont jamais pensé de même sans se voler l'un autre? Et pensant de même, ne leur est-il pas arrivé d'employer les mêmes mots, ou des mots analogues pour exprimer leurs pensées, et cela sans les moindres communications de l'un à l'autre? Nier pareille chose serait absurde: c'est là un fait de chaque jour. » \I, 140).

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