Outis, VI
2, Southern Literary Messenfjer, nov. 1849.
du plagiat », comme l'appelle si justement Briggs S une de ses manœuvres vengeresses de persécuteur persécuté.
On voit donctoutce qu'il entre de morbidementpersonnel jusque dans la critique de Poe. Sans parler de cette excentrique monomanie du plagiat, son indépendance vient en grande partie d'une indignation égotiste ; ses théories, d'une émotion extatique; leur application, d'une impatiente humeur chicaneuse. Inutile d'insister sur tout ce qu'il y a d'intolérant en cette indépendance, de borné en ces théories, de faux en leur application. Et cependant, ferme, raisonnée, autoritaire comme elle l'est, cette critique ne manque pas plus de valeur intrinsèque que de valeur relative. A la fois Art poétique et Dunciade en prose, elle rendit en partie aux lettres américaines dès leur premier essor le même service que l'œuvre également théorique et satirique de Boileau en France et de Pope en Angleterre ; elle sut en même temps résister aux envahissements de la mauvaise littérature et prêcher un nouvel évangile esthétique. Il est vrai que le dogme étroitement personnel de Poe est tout le contraire de la large catholicité de ses illustres devanciers : alors que ceux-ci se faisaient les grands pontifes pondérés du bon sens, lui parlait en prophète inspiré de la Beauté rythmique. Or, comme c'était surtout de cette Beauté rythmique qu'avait et qu'a encore le plus grand besoin la poésie américaine, il se trouve que, si médiocre qu'elle soit, l'œuvre critique de Poe n'en reste pas moins aussi intéressante pour le théoricien de la littérature générale que pour l'historien des lettres anglo-saxonnes.