Cullerre. op. cit., p
« Au temps dont je parle, Richmond était une des cités les plus aristocratiques de ce côté-ci de l'Atlantique... Une école est, de par sa nature, démocratique ; mais les élèves n'en apportent pas moins avec eux inconsciemment les notions de leurs parents, bonnes ou mauvaises. Or on savait d'Edgar Poe que ses parents avaient été acteurs et que sa vie dépendait de la libéralité d'un père adoptif. Voilà pourquoi les élèves méconnaissaient son autorité; et, en y réfléchissant, je m'imagine qu'il en résultait chez lui cette àpreté qu'il n'aurait pas eue autrement ^. »
Combien une nature aussi fière et aussi sensible que celle de Poe, dut souffrir de cet ostracisme même mitigé, se laisse aisément concevoir'. Il eût fallu, pour en venir à bout, toute la bonne grâce d une nature plus ouverte ou toutes les ressources d'un esprit plus souple. Mais la volonté de Poe, déjà si obstinée qu'elle n'avait pu se plier à l'autorité paternelle, se raidit en face de cette sourde et mesquine opposition jusqu'au ton impérieux et jusqu'aux attitudes provocantes, en môme temps que son âpre désir de dominer et de briller, déçu en ses fms, se fortifiait insensiblement en ce muet orgueil intellectuel qui deviendra l'un des traits saillants de son caractère. Voilà pourquoi nous voyons l'écolier de quinze ans, déjà sombre et solitaire, au lieu de s'abandonner librement aux confidences intimes et aux transports exubérants des franches amitiés de collège, s'enfermer, au contraire, en une froide et hautaine réserve, pleine de mystérieuses méditations et de morbides desseins".
Un état desprit aussi malsain explique assez bien l'événement qui se produisit alors dans la vie de Poe, événement qui devait laisser dans son esprit comme dans ses œuvres une trace profonde : il crut soudain étancher en une précoce passion sentimentale cette brûlante soif de sympathie qui ne trouvait à se