‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 32 sur 429 · Souvenirs du Col. Preston dans Ingram, p · texte numérisé non relu

Souvenirs du Col. Preston dans Ingram, p

2. Ne parle-l-il pas dans Tamerlan (Works, X, 197), d' « une ûme courbée dans la douleur et dans la honte. — La honte, dis-tu ? — Oui. j'ai hérité de ce lot odieux ».

3.11 n'eut pas d'intimes ; son meilleur camarade semble avoir été un certain Sully, neveu d'un artiste connu et plus tard artiste lui-même, et qui avait à la fois un caractère aussi difficile et un esprit aussi affiné que Poe. Sully a loyalement parlé de la généreuse assistance que lui prêtait son ami dans ses études comme dans ses rivalités de collège. [Scribner's, mars 1878, p. 715.)

satisfaire ni dans les camaraderies superficielles de l'école, ni en de puérils engouements pour de petites compagnes :

« Au temps où il était à l'Académie de Richmond, nous dit Mrs Whitman, il accompagna un jour chez lui un de ses camarades de classe ; il y rencontra pour la première fois la mère de ce jeune ami, Mrs H. S... ^ En entrant dans la pièce, cette dame lui prit la main et lui adressa quelques douces et aimables paroles de bienvenue, qui émurent le cœur sensible du jeune orphelin, au point de le priver de l'usage de la parole et, pour un moment, de toute conscience. Il revint chez lui comme dans un rêve, n'ayant plus qu'une pensée, qu'un espoir en sa vie, entendre de nouveau les tendres et aimables paroles qui lui avaient fait paraître si beau un monde désolé et qui avaient rempli son cœur solitaire de l'accablement d'une joie nouvelle. Cette dame devint par la suite la confidente de tous ses chagrins d'enfant^, exerçant sur lui l'unique influence qui put le sauver et le guider aux premiers jours de sa jeunesse turbulente et passionnée. Après avoir éprouvé d'étranges et mystérieux malheurs^, elle mourut, et, durant des mois après son trépas, il prit l'habitude de visiter la nuit le cimetière où reposait enseveli l'objet de sa passion juvénile. La pensée qu'elle dormait là dans la solitude remplissait son cœur d'une affliction profonde et incommunicable. Quand les nuits étaient très lugubres et froides, quand les pluies d'automne tombaient et que les vents gémissaient affreusement sur les tombes, c'est alors qu'il s'attardait le plus longtemps et qu'il s'éloignait avec le plus de regret '^ ».

Ce suggestif récit, fondé sur la correspondance de Poe avec Mrs Whitman, s'accorde pleinement avec tout ce que nous savons de sa personne et de son œuvre. Nous y saisissons sur le vif la nature éminemment inflammable de son cœur : une pression de la main, quelques paroles aimables, et le voici muet d'émotion, n'ayant plus conscience de rien, si ce n'est d'un sentiment unique, qui transfigure le monde entier à ses yeux. Il a quinze ans, la jeune emme en a trente et un. Qu'importe ? C'est dans l'âge propice de la puberté, après les feux follets de l'enfance, la première forte

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