‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 311 sur 429 · Ibid., p. VII · texte numérisé non relu

Ibid., p. VII

±. Miss Clara Reeve dit nettement en sa première préface : « Cette histoire procède (is a literary offspring) du Château cVOtvante; elle est écrite d'après le même plan, dans le but d'unir les qualités les plus attrayantes et les plus -intéressantes du roman (romance) ancien et du roman (novel) moderne, tout <m revêtant un caractère propre qui diffère de l'un et de l'autre. Elle se dislingue par la désignation d'histoire gothique, parce qu'elle est une peiniure des mœurs et des temps gothiques » p. v.

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docile admiratrice de Richardson et humble amie de sa fdle \ ne pouvait mettre au monde, malgré toutes les régularisations légales, qu'un languissant avorton dont la faible dose de sang romantique se trouvait singulièrement diluée en des flots du plus pâle sang puritain. Aussi le Vieux Baron Anglais aurait-il bien du, pour ne tromper personne, garder son premier titre de Cha^npion de la Vertu : car son histoire n'est d'un bout à l'autre qu'un fade roman prêcheur, une bêlante berquinade oii le moyen âge travesti prend un air naïf de contes de fées, où d'ennuyeux personnages exsangues déguisent mal, sous de grotesques affublements de preux chevaliers, leurs sensibles âmes de bourgeois dévots, oii le merveilleux réduit à de misérables rêves, à de troubles apparitions, à de mystérieux envois de lettres prophétiques, a la sotte prétention de rester dans les plus étroites limites de la probabilité -. Pour qu'une si plate œuvre de fantaisie timorée eût de 1777 à 1786 treize éditions, il fallait vraiment que le public anglais fût bien mûr pour toutes les audaces du fantastique.

Le grand triomphe eut lieu en 1794. C'est en vain que Mrs Ann Radcliffe avait donné en 1790, sous le titre de Sicilian Romance, le premier roman poétique de l'époque; c'est en vain qu'elle avait fourni en 1791, dans le Roman de la Forêt, une nouvelle preuve du luxe de ses descriptions, de la fécondité de ses inventions et de l'abondance de son patliétique ; le succès ne devait lui venir que dans le fantastique : il fut, il est vrai, immense et immédiat. ^ « Le titre seul, les Mystères dUdolphe, fut un charme, dit plus tard Walter Scott*, se rappelant ses impressions d'enfant; le public dévora le roman. Dans les familles nombreuses on se passait les volumes de l'un à l'autre; on se les arrachait, et les plaintes por-

1. Mrs ïiridgen, à qui elle dédia son œuvre en sa troisième édition et qui passe pour l'avoir revisée avant la première édition.

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