Ibid., I
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profondes émotions, de les condenser en intenses méditations, de les coordonner en puissantes créations^ : car il faut à l'égotiste impénitent, incapable de sortir de 1 étroite autant que mesquine prison de son moi terrestre, toute une expansion de son être dans l'immensité comme dans l'éternité des mondes, par delàla vie, par delà la mort, jusque dans linfini de Dieu. La plus profonde solitude peut seule convenir à lirritable ambition de « ce misanthrope hypocondriaque - », et c'est en effet dans le triste silence des vieilles demeures abandonnées ou dans « l'horreur des lieux les plus sauvages » qu'on le voit « chercher cette paix que son tempéramentparticulierneluipermetpas detrouverparmi ses semblables » ; « il fuit donc vers le désert comme vers un ami, adorant la nature en ses plus affreux et en ses plus mornes aspects », repaissant « sa sombre, quoique ardente imagination » des plus lugubres et des plus horribles visions '\ livrant sa raison émancipée aux lectures les j)lus abstruses comme aux élucubrations les plus désordonnées. Mais voilà que lentement, dans le vide de son àme désd^uvrée, laccablant silence des choses lui pèse encore plus lourdement que l'agitation désolée du monde ne l'affole et le dolent pèlerin des solitudes s'en vient, plus isolé que jamais, reprendre dans le désert populeux des grandes cités son infatigable marche qui, lente ou rapide, ne peut pas plus par les clameurs que par les remous des foules indifférentes s'arracher à l'implacable hantise des obsessions énervantes ou des remords angoissants '► Que va-t-il devenir ? Hélas ! c'en est fait. Sous la «louble influence de l'opium dont l'abrutissement tue en lui la volonté et la mémoire^ et de l'alcool dont la violence exaspère son caractère jusqu'à la démence, le pauvre déséquilibré devient
4. L'AssUj nation, 1. 2;iS, 272 : Beldoe, 1, 286, 287 ; Vsher, \, 141.
2. Rodmcm, Y, 26; la Caisse oblongue, 11, 233. Usher ne peut pas plus rester seul que l'Homme des foules. Le silence, dans le conte de ce nom, apparaît comme plus terrible encore que la désolation agitée. Cf. les poésies et en particulier Silence.