L'Homme des foules
Ij. Ligéia, I, 182; Eléonore, I. 20i.
(le plus en plus fantasque, de plus en plus irritable ^; derrière rincohérence et l'inconsistance de ses futiles efforts, la trépidation habituelle-, l'excessive agitation de ses nerfs se développe en un effrayant état de nervosité exacerbée'^ qui n'est pas seulement pour ses plus proches, pour sa femme même, un sujet dalarme, mais une cause réelle de malheurs '^ : car, il vient fatalement, le jour où sa fureur brutalement déchaînée éclate et s'assouvit en atroces impulsions meurtrières ^ Dans le crime cynique triomphe enfin sa folie déclarée. C'est alors, il est vrai, en cette heure d'outrance suprême, alors que la personnalité frénétiquement surmenée se trouve à son maximum de tension vibrante, c'est alors que se pose une fois de plus l'angoissante question : « Suis-je donc fou? » et qu'illuminé par le délire, le malheureux y répond, non sans une triste sérénité, que, s'il lest en effet, c'est qu'après tout la folie, môme criminelle, n'est, comme le génie, qu'une étrange superacuité des sens; c'est que les plus basses comme les plus hautes formes de l'activité humaine ne sont, en somme, qu'un dosage anormal des facultés vitales. Grime, géuie, folie, tout se confond en une tête suprêmement névrosée ^ Les amours de ce héros vésaniquc ne sont qu'un autre aspect de sa folie et non le moins intéressant. C'est le côté lumière qui, dans l'inévitable rotation des choses, succède au côté ombre; mais, pour être au pôle opposé, ces antipodes de la force brutale n'en participent pas moins aux mouvements désorbités de la machine entière; on y retrouve les mêmes impulsions initiales, la même accélération irrésistible, la même outrance frénétique, le tout baigné dans le rayonnement des lueurs d'en haut; au heu de plonger dans la sinistre pénombre des lieux infernaux. Il n'y a encore ici qu'une seule héroïne, comme il n'y avait tout à l'heure
1. Wilson, II. 29; Ligéia, I, 19o ; IIop-Frog, I. 333; le Chat Noir.