‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 320 sur 429 · Ligéia, I, 195 ; le Chat Noir · texte numérisé non relu

Ligéia, I, 195 ; le Chat Noir

5. Wilsoîi, II; le Cfiat Noir; le Cœur révélateur :\q Génie de la Perversité^ l'slier, I.

6. Le cœur révélateur. II, 58; Eléonore'. I, 203. Marginalia.

ol8 EDGAR A. POE

qu'un seul héros, parce qu'il n"y a qu'une sorte d'amour, léterncl amour de tète exalté jusqu'au plus extatique platonisme. Le pauvre rêveur qu'écrasent et torturent si cruellement les rudes réalités veut à tout prix prendre sa revanche : il s'est, de toutes pièces, forgé avec ses plus intimes besoins, ses plus délicates aspirations, ses plus nobles tendances, un idéal bien haut, bien sublime, bien éthéré, fait de beauté abstraite encore plus que de beauté physique, un idéal qui, contraire à ses pires instincts, les compense en quelque sorte et leur fasse équilibre; or, chaque fois qu'il croit en découvrir ici-bas la moindre réalisation, le voilà tout entier épris : le coup de foudre le secoue des pieds à la tèle, illuminant toute son âme, embrasant tout son cœur, jusqu'à ce que, la flamme etléblouissement passés, il se trouve plus atterré, plus transi, plus déprimé que jamais. De là, le caractère subil, falal, aussi impérieux que mystérieux, de toutes ces belles fureurs idéales. \'oyez tout près de la réalité : à peine l'œil distrait de notre promeneur en campagne a-t-il rencontré sur le seuil d'un riant cottage le a regard étliéré » de sa « chère Annie )) que, tremblant jusqu'au plus profond du ca^ur, il s'écrie : (( Sûrement j'ai trouvé ici toute la perfection de la grâce, de l'enthousiasme et de l'esprit romantique ^ » De môme, en plein pays des rêves, l'inconsolable amant d'Kléonore n'a pas plustôtvucertainebelleinconnue que, de suite, cède tout entier à cette beauté son cœur infidèle : il se prosterne devant son autel, sans lutte, dans le plus ardent et le plus humble culte de l'amour.

« Que pouvait bien être ma passion pour la jeune fdle delà vallée, sécrie-t-il, auprès de la ferveur, auprès du délire, auprès de la transportante extase d'adoration en laquelle je répandis toute mon âme en larmes aux pieds de l'éthérée Ermengarde ? Oh! brillant était le séraphin Ermengarde ! et cette pensée en excluait tout autre. Oh ! divin était l'ange Ermengarde ; et, en plongeant mes regards dans les profondeurs de ses inoubliables yeux, je ne pensais qu'à eux et qu'à elle -. »

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