‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 327 sur 429 · Ligéia, l · texte numérisé non relu

Ligéia, l

élhérée, de son amour passionné, idolâtre. G est alors que pleinement et librement mon âme brûlait de feux bien autres que tous les siens. Dans l'excitation de mes rêves d'opium (car j'étais d'ordinaire soumis à la tyrannie de ce poison) j'appelai tout haut son nom, durant le silence des nuits ou le jour dans les retraites abritées des vallées, comme si, par la sauvage véhémence, par la solennelle passion, par la dévorante ardeur de mon amour pour la défunte, je pouvais la ramener en ce sentier qu'elle avait abandonné, — ah ! était-ce donc donc à jamais ? — sur cette terre K »

Comprenez-vous maintenanl pourquoi, si minces, si pâles, si placides, ces impalpables formes féminines apparaissent comme des fantômes, comme des ombres? c'est qu'en réalité elles ne sont pas autre chose. Ne vous étonnez point que « leur pas ait une légèreté et une élasticité incompréhensibles », que leur présence ne se fasse guère sentir que par la chère musique de « leur douce voix basse », que par l'effleurement de ce leur froide main de marbre sur votre épaule frémissante». Rien n'est plus naturel : leur beauté suprême n'a, c'est leur amant qui le dit, que « le rayonnement de rôves d'opium », et « ces aériennes visions qui transportent l'âme en des égarements plus divins que les fantaisies qui volaient au-dessus des âmes endormies des filles de Délos-» ne sont, pour peu que vous y songiez, que de fuyantes hallucinations suscitées en une âme trop extatique par de plus ou moins artificielles surexcitations '\

Dès lors, plus de mystère. Maintenant que nous connaissons la nature vésanique du morbide héros et de ses extatiques amours, tout le fantastique, tout l'irréel de ses contes s'explique : ce fantastique n'est que le produit spontané de son mal acquis et cultivé; cet irréel n'est que le fruit naturel de ses tares avouées.

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