CHAPITRE VIII
La peur domine si bien toute la folie fantastique de Poe que ses premiers critiques ^ en furent frappés. Ils n'y virent, il est vrai, qu'une influence allemande; mais Poe, dès sa préface de 1840, s'empressa de leur répondre : «La vérité, c'est qu'il n'y a pas un de ces contes, à une seule exception près, dans lequel un lettré puisse reconnaître les traits distinctifs de cette sorte de pseudohorreur qu'on dit germanique... S'il est vrai que la terreur soit le thème d'un grand nombre de mes productions, je soutiens que cette terreur ne vient pas de l'Allemagne, mais de mon âme"'^ ». Rien de plus juste. La peur est assurément de tous les pays et de tous les temps ; mais, pour être universellement humaine, elle nen dépend pas moins de causes singulièrement variables et capables d'en modifier et d'en amplifier grandement le caractère. Or Poe était de par sa nature, c'est-à-dire par son hérédité comme par son genre de vie, fortement exposé à l'action spéciale d'une de ces causes : Poe alcoolique était voué à la peur physique, il était condamné à l'horreur.
L'attente inquiète de repoussantes visions caractérise, en effet, l'alcoolisme. Les témoignages médicaux abondent sur ce point. «Les phénomènes intellectuels, dit à ce propos le plus autorisé des spécialistes ^, consistent surtout en troubles hallucinatoires, excep-