‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 343 sur 429 · Auguste n'était pas encore mort à ce moment · texte numérisé non relu

Auguste n'était pas encore mort à ce moment

POE CONTEUR : LA PEUR ooo

été arrachée et laissait voir le nu, se tenait une énorme mouette, qui se gorgeait activement de l'horrible chair, son bec et ses serres profondément enfouis dans le corps, et son pUnnag-e blanc tout éclaboussé de sang. Gomme le brick continuait de tourner pour nous rapprocher de sa vue, l'oiseau, non sans peine apparemment, retira sa tête sanglante, et, après nous avoir épiés, un moment stupéfié, se détacha paresseusement du corps dont il se régalait, puis prenant son vol droit au-dessus de notre pont, il plana quelques temps en l'air avec un morceau de la matière coagulée et quasi vivante dans son bec. L'horrible morceau finit par tomber, tout éclaboussant, juste aux pieds de Parker. Dieu me pardonne; mais mon esprit fut alors, pour la première fois, traversé d'une pensée, dune pensée que je ne veux pas mentionner; je me sentis marcher vers cette éclaboussure. Je levai les yeux et rencontrai ceux d'Auguste pleins d'une expression intensément avide qui me rappela brusquement à la raison. Je m'élançai rapidement et, tout frémissant, lançai l'horrible chose à la mer ^ »

Enfin, — car les pires comme les meilleures histoires ont une fin, — un bateau anglais survient qui recueille les deux pauvres naufragés plus morts que vifs et c'est alors... que commence un autre roman. Nous en faisons grâce au lecteur : qu'il suffise de dire qu'entraînés en une exploration imprévue au pôle Sud, ils atteignent une terre inconnue pleine d'êtres et de choses étranges, que l'équipage entier se trouve un beau jour anéanti par des sauvages perfides, que les deux seuls survivants, qui sont naturellement Peters et Pym, n'échappent sur une pirogue après de prodigieuses péripéties que pour être irrésistiblement emportés sur une mer chaude et blanche vers une énorme cataracte dont les vapeurs obscurcissent le ciel et dont les flots s'engloutissent en un épouvantable abime mystérieux.

Est-il besoin de dire que, surpassant, en les reprenant, ses plus hardies conceptions du Manuscrit trouvé dans une bouteille et de la Descente dans le Maelstrom, Poe a voulu ici en une seule œuvre suprême accumuler toutes les horreurs de la vie en mer,et qu'il y a que trop réussi. Mais qu'en résulte-t-il? Un roman illisible, un document littéraire inaccessible au commun des mortels. Pourquoi ? faute justement de brièveté, de concentration et de mystère.

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