‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 349 sur 429 · Bérénice, I · texte numérisé non relu

Bérénice, I

POE CONTEUR : L"l M PULSION 363

(les souvenirs obscurs, hideux et inintelligibles. Je m'efforçai de les déchiffrer, mais en vain ; de temps à autre, cependant, semblable à l'âme d'un son disparu, le cri grêle et perçant d'une voix de femme semblait retentir en mes oreilles. J'avais accompli quelque chose; mais qu'était-ce donc? Je m'adressais à moi-même la question à haute voix et, chuchotant, les échos de la chambre me répondirent : « Qu'était-ce donc ? ^ »

Il y a encore dans Morella une impulsion, inconsciente au moins en sa naissance, lorsque le père donne, malgré lui, à sa fdle le nom abhorré de la mère.

« Aux fonts baptismaux, dit-il, j'hésitais sur le choix d'un nom. Et une foule d'épithétes de sagesse et de beauté, de noms tirés des temps anciens et modernes, de mon pays et des pays étrangers, vint se presser sur mes lèvres, et une multitude d'appellations charmantes de noblesse, de bonheur et de bonté. Qui m'inspira donc alors d'agiter le souvenir de la morte enterrée ? Quel démon me poussa à soupirer un son dont le simple souvenir faisait refluer mon sang par torrents des tempes au cœur ? Quel méchant esprit parla du fond des abîmes de mon âme, quand, sous ces voûtes obscures et dans le silence de la nuit, je chuchotai dans l'oreille du saint homme les syllabes : ^lorella - ? »

Cette quasi-inconscience dans l'impulsion, prélude d'un dédoublement du moi, estrelativemant rare. « L'impulsion du dégénéré, dit le D"" Legrain ; est le type de l'impulsion parce que, outre son caractère d'irrésistibilité, elle est consciente . C'est à raison de ce fait que les malades apprécient très exactement l'influence pathologique sous laquelle ils se trouvent placés : on observe un véritable combat entre ces malades et l'impulsion qu'ils cherchent à repousser avec toute leur énergie... Cette lutte s'accompagne d'une angoisse terrible"^ )). Or cette pleine conscience de l'impulsion type, Poe l'a aussi parfaitement connue et admirablement décrite, tout en lui prêtant naturellement le relief dramatique qui convient à des contes. Un individu en a tué un autre, sans laisser la moindre trace de son crime, il a hérité de sa fortune et voilà des années que tout va bien en sa vie.

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