Le Cœur Révélateur, II, 5a
3. Magnan. De la Dipsomanie. (Progrès médical, 8 mars 1884). Comparez d'autre part au héros du Chat Noir, à l'origine si tendre pour les botes, cette môme femme dont le D^ Magnan dit : « Cette femme, qui s'occupait à élever et à soigner quelques animaux du laboratoire et qui ne voulait sous aucun prétexte confier ce soin à personne, se présente un matin à la visite, triste, abattue, découragée, s'accusant d'avoir négligé la veille de panser ses animaux, parce que le courage lui manquait; elle voyait bien, disait-elle, qu'il lui serait désormais impossible de s'en occuper. Parmi les animaux que soignait cette malade se trouvait une chèvre qu'à force de soins elle avait réussi à élever au biberon. Cette chèvre suivait tous les pas de la malade et ne la quittait pas une minute dans la journée ; Eugénie s'était, du reste, attachée à cette bête au point de ne vouloir la laisser approcher par personne. Or, pendant toute la durée de ce nouvel accès, la chèvre lui était devenue insupportable, et cette même femme, qui ne pouvait s'en séparer en temps ordinaire, la maltraitait et s'en éloignait chaque fois que la bête cherchait à se rapprocher d'elle. » (Progrès médical, 12 mars 1884.) Rappelons, pour
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la plupart des criminels, tout au moins les criminels impulsifs, sont des neurasthéniques, sinon des fous. Et, sans reprendre une thèse qu'ont malheureusement compromise trop d'exemples peu probants, nous dirons volontiers avec des auteurs plus modérés : (( Ils deviendraient fous, s'ils n'étaient criminels. Le crime est une sorte démonctoire par lequel s'écoulent leurs tendances malsaines... Le crime n'est donc pas dans tous les cas simplement le fait de céder à un penchant vicieux ou à une mauvaise passion qu'on eût pu réprimer en exerçant sur soi le contrôle ordinaire ; c'est parfois et très clairement le résultat d'une véritable névrose qui a des rapports étroits, par sa nature et son origine, avec d'autres névroses et spécialement avec l'épilepsie et les névroses délirantes... Entre le crime et l'insanité, il existe une zone neutre. Sur l'un de ses bords, on n'observe qu'un peu de folie et beaucoup de perversité; sur l'autre, la perversité est moindre, mais la folie domine. Nous voilà donc ramenés à la parenté du crime et de la foliée » Or, que dit Poe de ses héros criminels ? qu'ils sont d'une nervosité excessive; que dit Poe de la folie? qu'elle n'est qu'une superacuité des sens ; que dit-il du génie ? qu'il n'est qu'une maladie de la pensée. Avec son intuition de dégénéré supérieur qui sentait fermenter en lui tout ce qu'il y a de pire et de meilleur dans la nature humaine, Poe ne faisait-il donc qu'entrevoir les affirmations de la science contemporaine ?« Le crime et la folie ne sont séparés que par des préjugés sociaux; ils sont réunis par leur caractère commun de fatalité. Si on répugne à accepter cette parenté intime, ce n'est pas faute de preuves scientifiques, mais à cause de conséquences pratiques qui se présentent tout de suite à l'esprit-. »
mémoire, que Poe aussi avait parmi ses bêles favorites une chatte Catarina qui se trouva peut-être parfois en ses excès alcooliques plus ou moins en butte à sa mauvaise humeur.
1. Maudsley. Crime el Folie, Irad. fr., Paris, 1880. j). 30,31, 32,57. 11 ajoute : « Los criminels proviennent souvent de familles affligées de folie ou de quelque autre névrojjathie » (57). Le l)"- Ma^nan dit de môme : « 11 est fré- (juent d(î voir un criminel devenir aliéné délirant ou encore un aliéné devenir criminel après avoir guéri d'accès de délire. »
2. Féré, Iai famille ne'vropaUiique, 'Paris, 188i, p. 17. — Binet, De'f/énérescence el crime, p. 61.
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II n va donc pas lieu de s'offenser de ces conceptions nouvelles • elles sontaussi salutaires qu'elles sont justes PEIles ne contribuent, qu'à développer davantage la solidarité humaine en l'éclairant; elles remplacent les brutalités de la peine du talion par la charité des soins médicaux. N'est-ce pas Michelet qui dit à ce propos ? « Il faut que la justice devienne une médecine, en s'éclairant des sciences physiologiques, en appréciant la part de fatalité qui se mêle aux actes libres ^ )>
1. De l'impulsion au dédoublement de la personnalité, il n'y a qu'un pas, la seconde personne qui résiste à la première n'étant souvent qu'une obsession raisonneuse en conflit avec le reste de la personnalité désagrégée. Ce pas, Poe l'a franchi. 11 nous montre dans William Wilson un malheureux détraqué en lutte avec sa conscience : il y a dans cette tragique dissociation de la personnalité du vertige, de l'hallucination, de l'impulsion, de la folie criminelle ; malheureusement tous ces éléments pathologiques se trouvent noyés en de trop copieuses analyses superficielles dont le charme littéraire gâte l'intérêt scientifique.