‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 354 sur 429 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Si la peur est une maladie de la sensibilité et limpulsion une maladie de la volonté, il semble bien qu'une certaine curiosité intense, impérieuse, intempérante est une véritable maladie de lintelligence. Poe parle lui-même de cette curiosité comme d'un appétit déréglé dont les accès varient avec sa propre santé. (( J'étais, dit-il dans la Caisse Oblongue, en un de ces fantasques états d'esprit qui développent en nous à propos de futilités une curiosité anormale \ » Et il ajoute dans \ Homme des foules :

« J'étais alors convalescent; et, la force me revenant, je me trouvai en une de ces heureuses dispositions qui sont exactement le contraire de l'ennui, — dispositions où l'appétit intellectuel estle plus vif, alors que la taie qui recouvrait la vision spirituelle est arrachée, à/Xù:: TÎ TTp'.v £-r^£/, — où l'esprit électrisé dépasse autant sa condition journalière que la raison ardente et naïve de Leibintz l'emporte sur la folle et futile rhétorique deGorgias. Le seul fait de respirer était une jouissance, et je tirais un plaisir positif jusque des sources naturelles de la douleur. J'éprouvais pour tout un intérêt calme, mais plein de curiosité *. »

N'est-ce pas en ces heureux moments de santé physique et mentale qu'il devait, comme l'amant de ^lorella, s'écrier : « C'est un bonheur que de s'étonner (to wonder) ; c'est un bonheur que de rêver ^ ?» Il semble bien qu'en ces étranges fringales de savoir, Poe s'imaginait qu'il n'est pas de limite aux efforts de l'intelligence

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