‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 355 sur 429 · Morella, I · texte numérisé non relu

Morella, I

POE CONTEUR : LA CURIOSITE o77

émancipée, que toutes les mystérieuses énigmes de ce monde et des autres qui ne cèdent point à la lente obstination d'une logique rigoureuse, doivent soudain s'ouvrir aux brusques illuminations d'une intuition clairvoyante. C'est ainsi que nous l'avons vu, dès son jeune âge, tour à tour extatique et ergoteur, s'acharner à la solution des plus ardus problèmes de l'univers ; c'est ainsi que nous le voyons en ses contes, tantôt sous le masque sardonique de Dupin et de Legrand se faire un jeu des plus indéchiffrables énigmes, tantôt sous les traits mélancoliques d'Égœus ou d'Usher se plonger dans les plus abstruses lectures et les plus mystiques méditations. Il est donc naturel qu'ayant toutes les prétentions intellectuelles, Poe ait aussi toutes les curiosités imaginables : le monde visible et le monde invisible, la vie, la mort et l'au-delà ne sauraient avoir de secrets pour ce visionnaire génial.

Poe a, tout d'abord, avec Pym et Rodman, la banale curiosité de l'aventurier pour qui le seul attrait de l'inconnu est un si puissant mobile.

« Je n'avais pas plus tôt visité une région, dit le premier pionnier des Montagnes Rocheuses, que j'étais pris d'un irrésisti])le désir d'aller de l'avant, et d'en explorer une autre. Il me sembhiit que j'étais trop près des derniers défrichements pour jouir pleinement de mon ardent amour de la nature et de Vinconnu. Je ne pouvais m'enpècher de penser que quelques êtres civilisés, si peu nom])reux qu'ils fussent, m'avaient précédé en cette marche ; que quelques yeux avaient, avant les miens, contemplé avec ravissement ces spectacles. N'était ce sentiment qui ne cessait de m'importuner, je me serais, à coup sûr, plus souvent attardé en route, je me serais détourné pour considérer l'aspectde la région qui bordait le fleuve, et parfois peut-être pour pénétrer plus profondément dans Je cœur du pays au nord ou au sud de notre route. Mais j'avais hâte cVavancer, de franchir,- s'il était possible les limites extrêmes de la civilisation, de promener mes regards sur ces gigantesques montagnes dont l'existence ne nous avait été révélée que par les vagues récits des Indiens. ^ »

Courir des mers inconnues, découvrir des îles perdues, décrire des populations étranges, rencontrer sur de fantastiques vaisseaux d'invraisemblables aventuriers, subir en d'exceptionnelles

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