‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 356 sur 429 · Le Journal de Jnles Rodman, V, 32ti · texte numérisé non relu

Le Journal de Jnles Rodman, V, 32ti

i circonstances d'extraordinaires tempêtes, plonger vertio-ineuse- • ment en d'insondables abîmes, fuir irrésistiblement sur une ^ chaude mer de lait ou sous un noir ciel de nuées vers une mort aussi merveilleuse que sûre, voilà l'idéal des Pyms comme des Poes, du pêcheur du Maelstrom comme du héros du Manuscrit dans une bouteille. Et chose admirable chez ces sublimes fous : si horribles que soient leurs aventures, la curiosité l'emporte encore sur l'horreur.

«Vous prendrez peut-être cela pour de la fanfaronnade, dit le pêcheur qu'engloutissent, tout médusé, les mortelles spires du Maelstrom, mais ce que je vous dis est la vérité : je commençai à me dire quelle magnifique chose c'était de mourir d'une telle mort, et combien il était sot de ma part de m'occuper d'un intérêt aussi mesquin que ma propre vie individuelle en face d'une aussi prodigieuse manifestation de la puissance de Dieu. Je crois vraiment que je dus rougir de honte quand cette idée traversa mon esprit. Au bout d'un instant, je fus possédé de la pkis intense curiosité à l'égard du tourbillon lui-même. Je sentis positivement le désir d'en explorer les profondeurs, fût-ce au prix de mon propre sacrifice, et mon principal chagrin, c'était de penser que je ne pourrais jamais raconter à mes vieux camarades sur terre les mystères que j'allais contempler. ^ »

De môme parle l'auteur du Manuscrit, qu'entraîne avec une violence de cataracte le courant polaire hurlant et tonnant à travers les glaces entre-choquées.

« Concevoir l'horreur de mes sensations est, je crois bien, absolument impossible; cependant, la curiosité de pénétrer les mystères de ces effroyables régions surpasse encore mon désespoir et me réconcilie avec le plus hideux aspect de la mort. Il est évident que nous sommes emportés à toute vitesse vers quelque surexcitante découverte, vers quelque incommunicable secret dont la révélation implique la mort. Peut-être ce courant nous mène-t-il au Pèle même. ^ »

Alors, comme maintenant, le pcMe était, en effet, la grande \J I attraction des héroïques sportsmen de la science. Ami d'un certain J.-N. Reynolds qui organisait une expédition vers les mers

\. La Descente dans le Maelstrom, 11, 232.

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