Le Canard au ballon, H
se dressaient sur ma tête, tandis que mon regard plongeait dans les abîmes béants, que mon imagination descendait et parcourait les étranges voûtes aériennes, les gouffres rutilants, les rouges précipices fantastiques de cette horrible incendie insondable. ^ »
Et la lune elle-même, quel beau champ d'exploration pour un visionnaire fantastique !
« Mon imagination, dit-il, se complaisait dans les étranges paysages féeriques de la lune. Pour une fois libre d'entraves, elle errait à son gré parmi les merveilles toujours changeantes de cet instable monde nébuleux. Tantôt c'étaient de vénérables forêts chenues, des précipices rocailleux, des cascades se ruant à grand fracas en des abîmes sans fond. Tantôt j'arrivais soudain en de calmes solitudes, sous le soleil de midi, que ne troublait jamais aucun vent des cieux, où s'étalaient à perte de vue de vastes et lassantes prairies de pavots et de sveltes fleurs pareilles à des lys, toutes à jamais immobiles et silencieuses. Puis je voyagais encore bien loin jusqu'en une autre contrée qui n'était tout entière qu'un vague lac ténébreux, bordé par une frontière de nuées. Ces images et d'autres semblables n'étaient pas les seules à prendre possession de mon cerveau. Des horreurs d'un caractère autrement morne et accablant venaient trop souvent s'imposer à mon esprit et en troublaient les plus intimes profondeurs par la seule hypothèse de leur possibilité. ^ »
Emporté par un si bel essor, où ne va-t-on pas ? on va de planètes en étoiles, de constellations en nébuleuses •^ jusque par delà rinfini, demander à Dieu même le secret de la création et de la destruction des mondes.
Contentons-nous pour le moment de la destruction du nôtre. Voici venir l'exécuteur des hautes œuvres célestes, sous la forme d'une immense comète rouge.
(( Pendant sept ou huit jours, son diamètre apparent ne sembla pas s'accroître, mais sa couleur subit quelque changement. Alors les occupations ordinaires des hommes furent abandonnées et tous les