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Les Aventures de Hans Pfaal, II

3. « Plonge ton regard dans les profondeurs de Tabîme. Que ton œil s'efforce de pénétrer ces innomhrables perspectives d'étoiles, pendant que nous glissons lentement à travers, — encore — et encore, — et toujours. La vision spirituelle elle-même n'est-elle pas de toutes parts arrêtée par les murs d"or circulaires de l'univers ? Ces m.urs faits de myriades de corps brillants qui se fondent en une incommensurable unité. » [La puissance de la Parole, I. 236.)

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intérêts se trouvèrent absorbés en des discussions croissantes au sujet de la nature des comètes. Même les hommes les plus grossièrement ignorants élevèrent leurs indolentes facultés vers ces hautes considérations. C'est alora que les savants appliquèrent toute leur intelligence, — toute leur àme, — non point à alléger la crainte, non point à soutenir quelque théorie favorite. Non, c'était la vérité qu'ils cherchaient, c'était à la vérité qu'ils aspiraient. A grands cris ils réclamaient la science parfaite. La vérité se leva dans la pureté de sa force et de sa suprême majesté, et les sages s'inclinèrent et adorèrent...

Encore un jour, et les hommes respirèrent avec une plus grande liberté. 11 était clair que nous étions déjà sous l'influence de la comète, et cependant nous vivions. Nous jouissions même d'une élasticité de membres et d'une vivacité d'esprit insolites. L'excessive ténuité de l'objet de notre terreur était apparente : car tous les corps célestes se laissaient voir distinctement au travers. En même temps, notre végétation était sensiblement altérée ; et cette circonstance prédite augmenta notre foi dans la prévoyance des sages. Un luxe extraordinaire de feuillage, entièrement inconnu jusqu'à ce jour, fit explosion sur tous les végétaux.

Encore un autre jour, — et le fléau n'était pas absolument sur nous. Il était maintenant évident que c'était son noyau qui nous atteindrait d'abord . Une étrange altération atteignait tous les hommes, et la première sensation de douleur fut un affolant signal de lamentation et d'horeur universelles. Cette première sensation de douleur consistait en une rigoureuse constriction de la poitrine et des poumons et en un insuportable dessèchement de la peau. On ne pouvait nier que notre atmosphère fût radicalement affectée ; la composition de cette atmosphère et les modifications auxquelles elle pouvait être soumise furent alors les points de la discussion. Le résultat de cette investigation fit passer un électrique frisson de terreur suprême à travers le cœur universel de l'homme. »

Que se pasait-il donc ? « L'oxygène, principe de combustion et véhicule de la chaleur » se trouvait en surabondance, dans notre atmosphère et il allait inévitablement en résulter « une combustion irrésistible, dévorante, toute-puissante, immédiate ; l'entier accomplissement, dans tous leurs moindres et terribles détails, des flamboyantes et effroyables prophéties du Saint Livre.

Ai-jc besoin de te peindre, Charmion, la frénésie alors déchaînée de l'humanité ? Cette ténuité de la comète, qui nous avait d'abord inspiré l'espérance, causait maintenant toute l'amertume de notre désespoir. En son impalpable nature gazeuse, nous percevions clairement la consommation de la destinée. Cependant, un jour encore s'écoula, — emportant avec lui la dernière ombre de l'Espérance. Nous haletions dans la rapidemodificationdel'air. Le sang rouge bondissait

tumultueusement en ses étroits canaux. Un furieux délire s'emparait de tous les hommes ; et, les bras rigidement tendus vers les cieux menaçants, ils tremblaient et poussaient de grands cris. Mais le noyau de l'exterminateur était maintenant sur nous; — ici même, dans l'Aidenn, je n'en parle qu'en frissonnant. Je serai brève, — brève comme la catastrophe finale. Pendant un moment, il n'y eut qu'une étrange lueur blafarde qui illumina et pénétra toutes choses. Puis, — proternons-nous, Charmion, devant l'excessive majesté de Dieu ! — puis survint une clameur éclatante, envahissante qui sembla sortir de Sa propre bouche ; et toute la masse d'éther environnante, au sein de laquelle nous vivions, éclata dun seul coup en une espèce de flamme intense dont la suprême clarté et la torride chaleur n'ont pas de nom, même parmi les anges dans le haut ciel de la science pure. Ainsi finirent toutes choses. ^ »

Telles sont les grandes questions du monde, visible qui hantent l'imagination de Poe, et il faut avouer que, si ses réponses ne sont pas toujours vraisemblables, elles ne manquent généralement ni de logique ingénieuse ni d'imagination grandiose-.

La curiosité de Poe ne s'arrête pas du reste au seul monde visible : car, tout ce monde visible, qu'est-il auprès du monde invisible ? Un peu de matière éparpillée en un océan infini. Or, cet océan infini, pourquoi ne pas Taborder à son tour? Pourquoi, explorateur blasé de l'univers matériel, ne pas courir dans les sphères éthérées les suprêmes aventures métaphysiques PN'avonsnous pas pour ces mystiques expéditions le plus sûr des guides ? n'avons-nous pas une âme, une âme dont la nature spirituelle

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