‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 360 sur 429 · Eiros et Charmion, I, 232, 23o · texte numérisé non relu

Eiros et Charmion, I, 232, 23o

2. Quant aux moindres problèmes que présentent à Poe les multiples complexités de la vie humaine, ils sont légion. Voici qu'un épouvantable crime a été accompli en des circonstances particulièrement étranges; qui peut bien en être l'auteur '? Enigme. Voici qu'un vieux parchemin éminemment rébarbatif signale un prodigieux trésor; comment déchiffrer l'un? comment découvrir l'autre? Enigmes. Voici qu'un précieux document a été dérobé par un homme d'Etat indélicat; comment le reprendre? Enigme. Voici un ballon qui monte au ciel ; comment pourrait-on bien le diriger et s'élever sans cesse? Enigme. Voici un paysage qui m'enchante, en voilà un autre qui m'oppresse, d'où vient une telle différence? Enigme. Pourquoi aime-t-on? pourquoi affole-t-on ? pourquoi tue-t-on? Autant d'énigmes ; et toutes ces énigmes judiciaires ou cryj)tograpliiques, policières ou scientifiques, esthétiques ou morales ou pathologiques, viennent indistinctement |)assionner l'intense curiosité de notre éternel chercheur: il n'a pas de répit qu'il n'ait, à force de logique ou d'intuition, trouvé pour tous ces grands ou futiles problèmes quelque solution bonne ou mauvaise.

appartient justement à ce monde invisible? Qu'est-ce, en effet, que cette àme ? Si Poe avait bien voulu ne voir en ce mot que l'irréelle synthèse de nos facultés cérébrales, il se serait à coup sur épargné bien des chimères. Mais non: pour lui comme pour la plupart des hommes, l'àme est une réalité plus ou moins immatérielle, un immortel esprit temporairement localisé en une périssable demeure de chair. De là, de cette dualité de notre être, toutes ces inextricables difficultés dont la personnalité n'est pas la moindre. En quoi donc peut bien consister cette identité du moi ? Appartientelle au corps ? Si elle ne résulte que de l'union de l'âme et du corps, que signifie la survivance de l'âme ?

i(hc principe cCindividuation, dit l'amant de ^lorella, la notion de cette identité qui à la 7nort est ou n'est pas perdue à jamais fut de tout temps pour moi un sujet de considération du plus intense intérêt^. )) Le premier conte de Poe nous montre, en effet, la maladie ébranlant cette personnalité dès la vie même. La fatale épilepsie qui s'abat sur la riante Bérénice la transforme à vue d'œil : elle atteint son esprit, ses habitudes et son caractère ; elle trouble de la plus subtile et de la plus terrible manière jusqu'à l'identité de sa personne. Hélas! où est-elle, cette Bérénice? car la victime n'est plus reconnaissable : le démon des métamorphoses vient d'accomplir une aussi horrible révolution en sa personne morales qu'en sa personne physique, « une étrange et effroyable distorsion de son identité persomielle - ». Morclla et Ligéia nous montrcMit, au contraire, la personnalité survivant à la vie môme, par cette force de l'énergie qui n'est autre chose qu'un prolongement de la volonté divine. « Et il y a là-dedans la volonté qui ne meurt pas. Qui donc connaît les mystères de la volonté, ainsi que sa vigueur? Car Dieu n'est qu'une grande volonté pénétrant toutes choses par lintensité qui lui est propre. L'homme ne cède aux anges et ne se rend entièrement à la mort que par l'inlirmité de sa propre volonté». » C'est en vertu de ces forces d'origine (hvine (pie

\. Morella, I, 17G.

i\ Bérénice, I, 159,162.

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