‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 362 sur 429 · Bérénice, I, 4o · texte numérisé non relu

Bérénice, I, 4o

3. « Il y a, dit encore Poe en U7i Chapitre de Suggestions, (VUE, 327), dans la vie (Je chaque homme au moins une époque où l'esprit semble quelrpie Icnips abandonner le corps et s élever assez haut au-dessus des affaires hum;iiiu\s pour en prendre une vue d'ensemble et api)récier sa propre humanité aussi exactement cpie les circonstances le lui permettent. L'àme se sépare alors de sa |>ropre individualité et considère son être, non seulement comme lui appartenant en propre, mais comme une portion du grand Tout. »

VOUS voulez donc, dès cette existence terrestre, pénétrer les mystères de l'au-delà, sachez distinguer tous les états psychiques favorables à votre moitié spirituelle ; si vous voulez dès maintenant anticiper les béatitudes célestes, sachez cultiver votre moi intérieur.

Cherchez tout d'abord la solitude. « Une grande part de notre incrédulté, dit Poe, vient de ne pouvoir être seuH ». Fuyez donc toutes les vaines distractions du monde, fuyez les harassantes préoccupations de la vie, recueillez-vous au sein de la nature ; vous entendrez bientôt sortir du fond de votre être la mystérieuse voix qui chante si éloquemment l'universelle communion des choses.

« Il est, dit Poe, un plaisir à la portée de l'humanité déchue, — peutêtre un seul — qui emprunte plus que la musique même à la sensation accessoire de l'isolement : je veux parler du bonheur qu'on éprouve dans la contemplation d'une scène de la nature. En vérité l'homme qui veut contempler comme il convient la gloire de Dieu sur la terre doit contempler cette gloire dans la solitude. Pour moi, du moins, la présence, non pas seulement de la vie humaine, mais de la vie sous toute autre forme que celle des plantes verdoyantes qui croissent sur le sol et qui sont sans voix, — fait tache sur le paysage; elle est en guerre avec le génie de la scène. J'aime vraiment contempler les sombres vallées, et les roches grisâtres, et les eaux qui sourient silencieusement, et les forêts qui soupirent en des sommeils anxieux, et les fières montagnes vigilantes qui nous regardent de si haut, j'aime à les contempler pour ce qu'elles sont, en tant que meml)res gigantesques d'un vaste tout animé et sensible : un tout dont la forme (celle d'une sphère) est la plus parfaite et la plus compréhensive ; dont la marche s'accomplit en compagnie d'autres planètes ; dont la douce servante est la lune ; dont le souverain immédiat est le soleil ; dont la vie est l'éternité; dont la pensée est celle d'un Dieu ; dont la jouissance est connaissance ; dont les destinées se perdent dans l'immensité : pour qui nous sommes une notion analogue à celle que nous avons des infiniment petits qui peuplent notre cerveau, — un être que nous regardons, par conséquent, comme inanimé et purement matériel, à peu près comme ces infiniment petits doivent nous regarder nous-mêmes.- »

1, Metzenrjerstein^ I, 297.

Page 1