II
dos amants do Bérénico ot do Ligéia ; voyoz los raisonnomonls faiissoment froids do Alonos ot Una ot de Dupin ou los crimos apparommont lucides de Cœur Révélateur et du Chat Noir, ot vous constaterez que partout et toujours, à tout propos et hors de tout propos, l'imagination forcenée de Poe amplifie sans réserve et renchérit sans repos. Incapable de garder en leur netteté primitive les impressions du dehors, le trop sensible rêveur leur prête invinciblement l'intensité de vie sensationnelle qui déborde do lui-même ^
Plus intéressantes encore que les simples exagérations sont les déformations de la réalité : car, alors que celles-là ne révolent guère que los excès de la sensibilité, colles-ci en trahissent les troubles spéciaux. Nous sommes tous plus ou moins victimes de ces aberrations de la caverne, bien que nous en tirions pou de })rofit : nous ne demandons pas assez à toutes ces illusions de mirage de nous renseigner sur l'état passager de notre atmosphère mentale. Essayons pourtant. Les souvenirs d'enfance sont particulièrement précieux à cet égard, ces mobiles souvenirs que nous ne faisons guère que transfigurer et interpréter selon l'évolution de nos sentiments ultérieurs. Écoutez Poe parlant de sa jeunesse : la banale école bourgeoise de Stoke Newington se transforme dans son infidèle mémoire on un romantique manoir du temps d'Élizabeth dont les deux modestes étages lui font curieusement l'effet d'un magique dédale de chambres, de classes et de couloirs. Son adolescence se dramatise à l'unisson : émotions, caprices, délits-, rivalités d'écolier prennent une tragique importance qui dénonce clairement les préoccupations dominantes de l'homme mûr-. Nous savons qu'il ne tint pas qu'à Poe que sa vie
1. Poe, qui a tort de nier les exagérations de faits, dit de son Jules Rodnian : « En dépit de tout son enthousiasme, notre voyageur n'est jamais porté à exagérer les faits. En un grand nombre de cas semblables au présent (il s'agit de la grotte, p. 284) on remarquera que ses affirmations relativement à la quanfiié sont toujours en deia de la vérité, et cette vérité a été vérifiée... Quand aux effets, au contraire, le tempérament particulier de M. Rodman le pousse auxej,cè.v... Les faits ne sont jamais amjjlifiés; mais les impressions (pii dérivent de ces faits doivent avoir, par rapport aux perceptions ordinaires, un air d'exagération. » Note de Julius Rodman, V, 284.