‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 374 sur 429 · Wllson. II. G · texte numérisé non relu

Wllson. II. G

ontière ne prit ce spécieux aspect de roman outré ; les byroiiiennes retouches qu'il donna lui-môme à son portrait en ses diverses biographies seraient intéressantes à consulter à cet égard S si nous n'avions en ses contes même une inépuisable mine de révélations autobiographiques. Profitons-en ; suivons en ses flâneries solitaires le romanesque rêveur; épions-le dans le mystère de ses élaborations inconscientes; tâchons de le surprendre élevant sur les ruines de la réalité vacillante les fantasques édifices de l'infatigable folle du logis. Le voilà assis près de la fenêtre d'un café : il se trouve en bonne santé et, partant, relativenu^nt Ikmireux ; croyez-vous que sa rêverie va en prendre un caractère^ plus gai ; détrompez-vous : il sintéresse d'abord au flot de gens qui dans la rue passent sous ses yeux ; toujours en éveil, sa curiosité veut bientôt deviner derrière les costumes, les gestes et les physionomies, la profession, la préoccupation et le caractère de ces inconnus; son attention ne tarde pas à se fixer sur les mendiants, sur les filous, sur les ivrognes, sur tous les typi^s dégradés de cette humanité grouillante; elle se concentre enfin sur le tragique vieillard dont l'énigmatique visage éveille conhisément du fond de son âme sympathique « des idées de vaste intelligence, de circonspection, de paupérisme, de cupidité,(le froideur, de perversité, de soif sanguinaire, de triomphe, d'allégresse, de terreur excessive, d'intense et suprême désespoir. Je me sentis, ajoute-t-il, singulièrement éveillé, saisi, fasciné. )> « Quelh^ étrange histoire, me dis-je à moi-même, est écrite en cette poitrine ! » 11 me vint alors un intense désir de ne pas perdre cet homme de vue, d'en savoir plus long sur lui- : il le suit, en effet, et, à l'occasion de ces vagues suggestions, tire de son proi)re fonds tous les germes latents d'un roman sinistre. Ainsi procèdent les Egœus, les Wilson, les Usher qu'emportent à la dérive le fiot noir de leur mélancolie. Lentement, spontanément, invinciblement s'oriente, sous linfiuence de leur morne nature, leur imagination

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