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la muraille en feu de Ihorizon. Mais il n'y a pas de vent dans tout le ciel. Et sur les bords du fleuve Zaïre il n'y a ni calme ni silence... Et tout à coup la lune se leva à travers la mince brume spectrale, et elle était de couleur cramoisie. Et mes yeux tombèrent sur un énorme roc gris qui se dressait près de la rive du fleuve et qu'éclairait la lueur de la lune. Et le roc était gris, et sinistre, et haut, — le roc était gris. Sur son front de pierre étaient gravés des caractères, et je marchai cà travers le marécage de nénuphars, jusqu'à ce que je fusse tout près du rivage, afin de lire les caractères gravés dans la pierre. Mais je ne pus les déchiffrer. Et j'allais retourner vers le marécage, quand la lune bi-illa d'un rouge plus vif et je me retournai et je regardai de nouveau vers le roc et vers les caractères, et ces caractères étaient : Dksolatiox.
Ne semble-t-il pas que, défaillante, la pensée s'est ici évanouie pour faire place à tout un flux de sensations désordonnées qui, lentes, obsédantes, stagnantes, ne gardent plus, comme dans les poésies similaires de Silence, de la Vallée sans repos eià'Ulalume, ({u'une valeur symbolique et l'harmonie intime d'un douloureux état d'àme dominant ?
Ne croyez pas que l'imagination de Poe ne soit capable que de ces sombres et lugubres émotions : voyez l'éclat et la grâce plus qu'orientales de cette allégorique fantasmagorie.
« Eléonore était le nom de ma cousine. Nous avions toujours habité ensemble, sous un soleil tropical, dans la Vallée du Gazon Diapré. Jamais aucun pas ne s'était égaré en cette vallée ; car elle se trouvait bien loin en une chaîne de gigantesques collines qui la surplombaient de toutes parts, écartant de ses plus douces retraites la lumière du soleil. Aucun sentier n'était foulé en son voisinage; et, pour atteindre notre heureuse demeure, il fallait repousser avec force le feuillage de milliers d'arbres forestiers et anéantir la gloire de milliers de fleurs parfumées. C'est ainsi que nous vivions, bien seuls, ne connaissant rien du monde en dehors de cette vallée, — moi, ma cousine et ma mère.
Des vagues régions situées par delà les montagnes, à l'extrémité supérieure de notre domaine clos, venait sans bruit une étroite et profonde rivière, plus brillante que tout, si ce n'est les yeux d'Eléonore ; et serpentant çà et là en de furtifs méandres, elle s'enfuyait enfin par une gorge ombreuse entre des collines encore plus obscures que celles d'où elle était issue. Nous l'appelions la rivière du Silence; car il semblait qu'il y eût en son flot une influence apaisante. Aucun murmure ne s'élevait de son lit, et si paisible était son cours errant
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que les galets, semblables à des perles, que nous aimions à contempler dans la profondeur de son sein, ne bougeaient pas, mais reposaient^ immuables en leur bonheur, tous à leur poste habituel dans la gloire de leur immortel éclat.
Le bord de la rivière, et de maint ruisselet éblouissant dont le cours sinueux se perdait en son grand courant, ainsi que tous les espaces qui s'étendaient de ces rives jusqu'aux lits de cailloux en ses profondeurs, toutes ces surfaces, comme celle de la vallée entière, depuis la rivière jusqu'aux montagnes qui l'enveloppaient, se trouvaient tapissées d'un souple gazon vert, épais, court, parfaitement uni, tout parfumé de vanille, et, si bien parsemé, en toute son étendue^ de jaunes boutons d'or, de pâquerettes blanches, de violettes pourprées, et d'asphodèles d'un rouge de rubis que sa suprême beauté parlait à nos cœurs en éclatants accents de l'amour et de la gloire de Dieu.
Et, çà etlà, parmi ce gazon en touffes, semblables à des explosions (le rêves, s'élançaient des arbres fantastiques dont les grands troncs sveltes ne montaient pas rigides, mais gracieusement se courbaient vers la lumière qui à midi se glissait au centre de la vallée. Leur écorce était marbrée de la vive splendeur alternée de l'ébène et de l'argent, et plus polie que tout sauf les joues d'Éléonore; si bien (juc, sans le vert brillant des vastes feuilles qui s'épandaient de leurs cimes en longues lignes tremblantes et folâtraient avec les zéphirs, on aurait pu les prendre pour de gigantesques §erpents de Syrie rendant hommage à leur Souverain le Soleil ^. u
Voyez encore l'exquise folie de ces fantaisies supra-terrestres : (( Viens ! nous laisserons à gauche l'éclatante harniQuie des IMéiades et nous nous élancerons loin du trône dans les prairies étoilées par delà Orion, là où, en guise de pensées, de violettes et de pensées sauvages, se trouvent des couches de triples soleils tricolores". » Et cette autre vision par laquelle se réalise le pouvoir physique des mots !
« Pourquoi pleures-tu, Agathos, — et pourquoi, oh ! pourquoi tes ailes faiblissent-elles pendant que nous planons au-dessus de cette belle étoile qui est la plus verte et cependant la plus terrible de toute celles que nous avons rencontrées en notre vol ? Ses brillantes Heurs semblent un rêve féerique, mais ses farouches volcans ressemblent aux passions d'un cœur tumultueux. — Ils ne semblent pas, ils sont réellement ainsi! Cette étrange étoile, il y a maintenant trois siècle»