‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 383 sur 429 · Uaœlliorne, VII · texte numérisé non relu

Uaœlliorne, VII

b. Ilnd.

« Quelle différence, reprend Poe. entre le germe et le fruit, entre l'œuvre et sa conception originelle ! Cette conception est parfois totalement abandonnée; on la perd de vue. La plupart des auteurs se mettent à écrire sans but précis; ils se fient à l'inspiration du moment ; aussi ne faut-il pas s'étonner que la plupart des livres soient sans valeur. On ne devrait jamais mettre la plume à la main sans s'être fixé bien nettement, au moins, un dessein général. On devrait méditer et combiner d'une manière définitive, avant d'écrire un seul mot, le dénouement de toute fiction ou Veffet préféré en tout autre genre de composition; et on ne devrait pas écrire un seul autre mot qui ne tende par lui-même ou par son rôle dans la phrase à amener ce dénouement ou à renforcer cet effet. Quand le ylan est à lui seul une source d'intérêt, on ne saurait avoir trop de prévision. On se fîiit une idée très fausse du plan qui, du reste, n'a jamais été proprement défini; bien des gens n'y voient qu'une complication d'incidents. C'est, en son sens le plus exact, un ensemble auquel onnepeut ni enlever ni ajouter un atome sans tout détruire; et, bien qu'on puisse faire, sans une parfaite application de cette définition, un plan passable, le véritable artiste devrait toujours avoir en vue cette définition et s'efforcer de s'y conformer en ses œuvres. Il y a des auteurs qui semblent totalement dépourvus de ce sens de la construction et qui, en dépit d'une grande fécondité d'invention, échouent piteusement en leurs plans^ »

Voilà assurément, en dépit de l'habituelle exagération de notre théoricien, de belles et bonnes théories; voyons donc jusqu'à quel point ses œuvres en sont l'application.

Si l'on commence par avouer franchement que, d'une part, Poe n'a pas plus été en ses contes qu'en son Corbeau et en ses autres poésies, libre de choisir sa matière, laquelle sort spontanément de son fond morbide, et que, d'autre part, il a bien pu en quelques sujets avoir plus ou moins inconsciemment recours à de vagues réminiscences de sentiments, d'incidents ou môme de style, cela dit, on peut hardiment affirmer qu'aussi original en ses combinaisons (ju'en ses inventions, notre artiste logicien a porte pres^jue toutes ses œuvres à la hauteur de ses théories.

Pour la brièveté, il ne l'a guère que dans le seul Pym sacrifiée dans un but de lucre à la mode nationale et contemporaine du long roman ; dans Julius Rodman, il y a sagement renoncé. Seuls,

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