‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 385 sur 429 · Hue Mui-f/ne. III. .'i · texte numérisé non relu

Hue Mui-f/ne. III. .'i

liant dans ses contes pseudo-scientifiques et dans ses dialogues philosophiques, dans Hans Pfaall et dans le Maelstrom comme dans Révélation mesmérique et dans la Conversation d'Eiros et de Charmion, se livrer pour l'impossible solution des grands et des pc^tits problèmes du monde à la même application aussi fastidieuse ([u audacieuse de principes physiques et métaphysiques. Mais c'est surtout en ses i^ersonnages favoris, Legrand et Dupin, qu'il se plaît à incarner cette froide passion dialectique : les deux excentriques misanthropes ne se trouvent pas plus, tôt mis en présence de quelque problème apparemment insoluble que les voilà qui, tombant, pour ainsi dire, en arrêt, (mi proie à une sorte de paralysie subite, l'œil fixe et la voix muée, semblent morts à tout ce qui n'est pas le fascinant objet de leur convoitise ; c'est comme une maladie de l'esprit qui, s'emparant d'eux, ne peut plus guérir que par un triomphe définitif; ainsi soumises les facultés mentales ne sont plus que les servantes de la morbide idée fixe qui les exploite sans répit. C'est pour le spécial usage de ces intraitables raisonneurs que Poe a construit quatre contes déductifs dont l'ingéniosité logique a provoqué en France une admiration à notre avis excessive. « Dans le Scarabée et les romans judiciaires, dit E. Hennequin,Poe parvient à susciter un intérêt dénué de tout élément émotionnel. Il revêt d'une forme littéraire ce froid plaisir, intense chez les spéculatifs, que cause la solution d'un problème en tant que tel aux géomètres, aux métaphysiciens et aux stratégistes. Douant ses personnages de perspicacité, de puissance raisonnante, de rectitude déductive, il leur assigne une recherche, la fait entreprendre, poursuivre, manquer, jusqu'à ce que la solution isoitdardée en leur cerveau parquelquefoudroyantcoup de logique. En ce drame cérébral, l'objet de l'investigation n'a pas plus d'importance que celle de l'enjeu dans une partie d'échecs, chargé de renforcer un intérêt existant déjà. Il est visible que la découverte de l'assassin dans le Crime de la rue Morgue, l'exhumation du trésor du Capitaine Kidd, sont de sim])les appeaux qui font suivre, avec un plus complet oubli de tout, les merveilleux raisonnements, l'intense activité cérébrale de Legrand et de Dupin. Dans cette

contemplaiion d'actes pureiiKMit intellectuels, lintéret se transforme, se surtend et se glac(\ Le lecteur est ému en ses facultés de calculat(Mir et d'analyst(\ qui ne correspondent dans son expérience à rien de passionnant ou de tendre. Il admire l'étrange domination de ces contes inhumains, subjuguant son intelligence intacte. Et le secret de leur em})ire lui paraîtra résider dans l'impassibilité maintenue du poète, qui sut ne ternir d'aucune phrase cordiale la rationalité de ses plus longues œuvres ^ » Avouons qu'il y a bien quelque exagération en ces éloges sans réserve : à démêler une intrigue qu'on a soi-même prudemment embrouillée, le mérite est plus apparent que réel, tout le talent étant dans l'entortillement bien plus que dans le dévidage de ces ingénieux échevaux-. Sachons donc voir là, pour employer certaines expressions de Baudelaire, moins de miracles matériels que de merveilleuses jongleries, que des tours de forces dextremement réussis ; et pour être équitable jusqu'en ces restrictions, ajoutons que, si Marie Roget, les Meurtres de la rue Morgue et la Lettre dérobée sont à notre gré des œuvres d'un genre inférieur, le Scarabée d'Or n'en est pas moins un petit chef-d'œuvre, mais pour des raisons tout autres que le seul artifice dialectique.

Si vigoureuse et si rigoureuse qu'elle soit, la logique de Poe n'en pèche pas moins par défaut comme par excès. Invraisemblances et contradictions abondent dans Pym, en dépit de toute la minutie des détails et de tout le luxe des explications. xVu lieu de vaincre d'invincibles difilcultés, les labori(Hises démonstrations scienti-

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