IX
d'étoiles lointaines, de porter un coup fatal aux hardies spéculations de Laplace ; Poe, nullement ébranlé, affirme avec plus d'intrépidité que jamais que cest, au contraire, la présence au ciel d'une seule vraie nébuleuse qui serait la réfutation péremptoire de tout son système : car il ne saurait y avoir maintenant, en pleine période condensatrice, au milieu de notre univers tout organisé, des masses de matière amorphe capables de survivre à la période diffusive de la création ^ Ce n'est pas tout : non content de consolider l'œuvre de Laplace, Poe prétend donner à la loi de gravitation de Newton son principe, son insaisissable principe que les efforts combinés des plus grands philosophes et des plus grands savants nont encore jamais pu atteindre, et ce principe, c'est tout bonnement sa force attractive, c'est la loi de condensation -. Aussi modifie-t-il la simple formule de Newton : Les corps s attirent en raison directe de leurs niasses et en raison inverse du carré des distances^ en cette autre mieux adaptée à son propre système : Chaque atonie de chaque corps attire chaque autre atome de son corps et de tout autre corps avec une force qui varie en raison inverse du carré des distances; à quoi il ajoute cette conclusion qui ruine toutes les conséquences de la conception newtonienne : Le résultat général étant une tendance de tous les atonies avec une force égale vers un centre commun^. Par l'attraction des masses, la loi de Newton concourt, en effet, à l'équilibre stable d'un univers infini, tandis que, dans l'univers limité de Poe, l'attraction des atomes vers un centre commun ne peut qu'aboutir à une conflagration finale \ On voit que, pour s'être égaré en métaphysique, notre conteur sensationnel n'en restait pas moins fidèle aux dénouements tragiques. Quant à la mystérieuse force répulsive que Poe se déclare lui-même incapable de décrire, on devine qu'elle procède à la fois des vagues théories courantes, d'autant plus informes qu'elles étaient plus contradictoires, sur