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IX

POE COSMOGONISTE 661

l'impénétrabilité de la matière, sur l'électricité des corps, sur le magnétisme animal : l'auguste caractère divin qu'il lui prête n'est peut-être, au fond, qu'une prudente réserve de logicien aux abois. Quoi qu'il en soit, il faut avouer qu'en tous ces emprunts plus ou moins scientifiques, Poe ne joua pas de chance : l'hypothèse nébuiaire est aujourd'hui, au moins sous cette forme, à peu près complètement abandonnée ; la théorie de la matière centre de forces reste au nombre des hypothèses métaphysiques ; la physique a découvert en l'électricité un autre principe que celui de répulsion ; il ne subsiste donc de tout ce curieux amalgame pseudo-scientifique que la loi de gravitation, et Poe a encore eu le malheur de la fausser en se l'adaptant. Bref, l'apport scientifique du pauvre chercheur dévoyé se réduit à néants

Mais une métaphysique, et toute cosmogonie l'est, avons-nous dit, plus ou moins, n'est pas, après tout, une science, puisqu'elle ne commence que là même où la science finit. C'est quand l'esprit humain ne peut plus ni constater ni prouver qu'il invente, préférant un simulacre de connaissance à l'absence de tout savoir. L'édifice aérien ainsi construit peut encore, à défaut de fondement solide, posséder une certaine cohésion qui plaît assez à l'œil pour faire illusion. Poe était justement pour la cohésion logique ^; il ne cesse de vanter la cohésion de son système où tout, à son gré, se lie et s'adapte merveilleusement^; c'est même lorsqu'entre deux arguments apparemment irréconciliables, se dessine quelque grave fissure qu'il en appelle le plus ingénument à la solidité de l'ensemble'►. Voyons donc un peu ce que vaut cette logique. Il n'est pas douteux que Poe possède de réelles qualités de dialecticien. Maint passage de cette œuvre, comme de bien d'autres, en est la preuve. Son humoristique condamnation des méthodes déduc-

1. Ajoutons encore que, pour les détails techniques, Poe se trompe en d'importants calculs sur les densités des planètes, en particulier, de Jupiter et sur les conditions de la rotation de ces planètes. [Addenda, IX, 295, 29'J.)

2. « Une parfaite consistance, ne cesse-t-il de répéter, ne peut être qu'une absolue vérité. » (16, 125).

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