IX
POE COSMOGONISTE 663
personnelles, tout ce mécanisme rationnel fonctionne à vide, et la dialectique de Poe, condamnée à s'attacher aux formes plus qu'au fond, aux idées plus qu'aux faits, aux mots plus qu'aux choses, ne prend que trop souvent un air de sophistique captieuse. Or, ce nest ni avec de dextres jongleries de presdigitateur, ni avec de prestes ripostes d'improvisateur qu'on vient à bout des énormes diflicultés, auxquelles Poe s'acharne. Bien au contraire, plus l'œuvre est grande, plus l'insuffisance éclate : c'est le cas de Poe cosmogoniste.
Le premier mérite d'une bonne métaphysique, c'est l'absence aussi complète que possible de tout postulat : l'art suprême consiste à faire pivoter l'œuvre entière sur un seul axiome, comme l'univers sur un axe. Poe prétend à cet art : il affirme que tout son système n'a besoin que d'un seul principe ; et ce principe, c'est l'absolue simplicité de la matière première. Il serait merveilleux que pareille simplicité impliquât la complexité entière des choses. Telle est cependant l'affirmation de Poe, d'autant plus obstinée sans doute qu'elle est en son cas plus inacceptable. « Dans l'Unité Originelle de la première Chose, déclare-t-il dès sa première page, se trouve la Cause Seconde de Toutes Choses avec le Germe de l'Inévitable Anéantissement^. » Et il s'en va répétant : « La supposition d'Unité absolue dans la Particule primitive implique celle de l'infinie divisibilité -. » Il faut avouer que, pour un démolisseur d'axiomes, ce sont là de bien audacieux aphorismes. Si encore ils suffisaient? Mais il lui faut, dès le début, de nouvelles concessions. Gomment, une fois créée, sa particule va-t-elle sortir de son unité primitive ? Mystère qui ne s'explique que par une intervention divine. Lorsqu'à la force diffusive succède la force attractive, une nouvelle intervention est encore nécessaire, avons-nous vu, pour empêcher, sous forme de force répulsive, le retour immédiat des atomes en leur centre d'attraction, c'est-à-dire l'avortement subit de la création. Pour expliquer l'épuisement de cette force répulsive comme celui de la
J. IX. h.