‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 41 sur 429 · Bérénice, Works, I, p · texte numérisé non relu

Bérénice, Works, I, p

4. Ces vers de Tamerlan nous montrent assez bien comment une pareille impulsion pouvait naître chez lui : « Là, en cette heure, une pensée s'empara de mon esprit qui ne l'avait jamais connue : suivre mon haut destin parmi les luttes des nations. Je n'éprouvai point de doute, je ne connus de crainte d'aucun péril en mon intrépide carrière; conquérir un empire, et jeter à ses pieds comme dot nuptiale une couronne de reine ». {Works, p. 264.)

se jeter clans la mêlée et devenir l'émule de Byron autrement qu'en vers? Avec ses belles idées noblement déclamées, il sut monter la tête à l'un de ses camarades et voilà deux imberbes héros qui ne rêvent plus que de Marathon et de Salamine ^. Lui seul, du moins, partit. Il fallait l'entendre, plus tard, parler à qui voulait l'entendre, à ses biographes surtout-, de ce fameux voyage en Europe^ et de sa folle équipée à Saint-Pétersbourg \ Vers la fin de sa vie, il raconta même à une confidente naïve ", qui le soignait alors de la fièvre, comment, au retour de cette glorieuse expédition, il avait été à la suite de maint et maint incident tragique retenu dans un port de France par une grave blessure reçue dans un duel romanesque, et là guéri par certaine dame écossaise dont la générosité émue lui permit de rentrer en Amérique après dix-huit mois d'absence. Toutes ces terribles aventures, mais fort atténuées, ajoutait-il, il les avait relatées, sous forme de fiction, en un roman : Vie d'un artiste en son pays et à V étranger, dont la traduction française passait pour une œuvre originale d'Eugène Sue. Quel dommage qu'un si mélodramatique récit qui cadre si bien avec la jeunesse idéale du poète ultra-romantique ne soit qu'un grossier tissu d'inventions ! Quel dommage qu'il faille arracher au front déjà si ravagé de Poe cette auréole héroïque et ne voir en toutes ces épiques hâbleries que le triste besoin de pallier un piteux échec par de belles fictions, le vaniteux désir de parer de nobles exploits sa biographie de poète, et enfin, sur le tard, pure manie de mystification ou simples divagations de fièvre cérébrale.

La banale vérité, c'est que , comme tant d'autres jeunes déclassés à bout de ressources, comme le naïf Steele, par exemple, et comme Coleridge son maître de demain, le pauvre poète que

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