L.VLVRIÈUB
Autrement, « un homme de génie, sil n'a pas la faculté de choisir son propre sujet, fera une pire œuvre littéraire que s'il navait point de talent du tout^ ». De cette trop fréquente dépression des surexcitablcs génies vient, selon lui, l'inévitable abus des stimulants.
« Il va peu d'hommes, doués de cette singulière sensibilité, base du génie, qui, en leur prime jeunesse, n'aient point gaspillé une bonne part de leur énergie mentale en des excès de vie ; alors vient, dans les années ultérieures, l'invincible désir de stimuler l'imagination jusqu'à un point qu'elle n'aurait jamais atteint en une vie ordinaire, normale, bien réglée. Cest ainsi que l'on peut considérer cette âpre passion pour les excitants artificiels, qui ne caractérise malheureusement que trop d'hommes éminents, comme un besoin psychique, comme une nécessité, comme un effort pour reconquérir le terrain perdu, comme une lutte de l'âme pour s'assurer la position qui lui serait revenue de droit en d'autres circonstances^. » Aussi faut-il bien se garder d'(( insulter ou de maltraiter detoutautre façon quelque pauvre diable de génie, au moment même où il met le pied sur le dernier échelon du triomphe. Ces individus ont une commune façon, une fois qu'ils vont atteindre quelque but longtemps visé, de s'enfoncer dans le plus profond abime du désespoir, rien que pour rehausser davantage le succès vers lequel ils ont décidé de prendre immédiatement leur essor ■\ »
Quel déconcertant chaos que ces énigmatiques natures !
« S'il plaît à quelque ambitieux de révolutionner d'un seul coup le monde entier des pensées, des opinions et des sentiments humains, il a l'occasion sous la main : devant lui s'offre droit, ouvert, sans encombre le chemin de la gloire éternelle. Il n'a besoin que d'écrire un tout petit livre, d'un titre simple, fait de quelques mots clairs : « Mon cœur mis à nu... » La page se crisperait et prendrait feu à chaque contact de la plume enflammée' ».
Pourquoi ces confessions send)lent-elles si tragiques à cet inconscient (lisci])ie de Jean-.Iacques ? l^coutez-Ic :
« Que des individus, dit-il, se soient réellement élevés si fort audessus du niveau de leur race, n'est guère douteux; mais, en recher-